Dossier Médical Personnel : Un succès homéopathique plombé par des logiciels archaïques

 

16 917 DMP ouverts en avril . A ce rythme l’ensemble de la population française devrait être couverte d’ici 320 ans !

Au total, en 16 mois l’Asip Santé n’a réussi à ouvrir que 122 459 Dossiers Médicaux Personnels.
Au même moment le Dossier Pharmaceutique, lancé deux ans avant en décembre 2008 , va atteindre les 20 millions de dossiers ouverts !

Fin avril 2012, en France, il y avait seulement 122 459 DMP créés au total !

Curieusement sur le site officiel de l’ASIP Santé, le compteur est resté bloqué au 31 mars avec 105 542 DMP.
- Dans la lettre d’actualité officielle on lit que 117 496 patients disposent d’un DMP au 23 avril 2012.

16 917 DMP ouverts en avril, c’est peu.
A ce rythme d’escargot combien faudra-t-il d’années avant que chaque français dispose d’un Dossier Médical Personnel en ligne ?
Sur cette lancée, on devrait en dénombrer 203 000 de plus dans un an. Le cap des 2 millions devrait demander 10 ans. L’ensemble de la population française, sous réserve que la démographie reste stable, devrait être couverte d’ici trois siècles.

Heureusement il y a des initiatives. Ainsi le GCS EMOSIST en Franche-Comté propose aux établissements et aux médecins libéraux un tampon encreur DMP ! Judicieusement « appliqué sur la pochette de consultation de l’établissement, il permet d’informer les autres services et les correspondants en ville de l’existence d’un DMP pour le patient. Il est également utilisé par la médecine de ville ». On peut aussi tamponner le front du patient quand il est hospitalisé afin que personne n’ignore qu’il dispose d’un DMP.

Des DMP souvent vides

On note aussi que sur ces 122 459 DMP ouverts, il n’y en a que 52 469 alimentés. Il y aurait 211 736 documents au total en ligne. Ceci démontre que le DMP est très peu utilisé.

Selon l’ASip Santé, «  les principaux documents déposés dans le DMP sont des documents classiques : comptes-rendus de consultation (37%), comptes-rendus de séjour ou lettre de sortie (14%), comptes-rendus d’examens et d’actes qu’ils soient diagnostiques ou thérapeutiques (16%). »

Ouvrir un DMP, expliquer les droits du patients, c’est long, ce n’est pas du boulot médical, surtout dans le contexte de surcharge de travail des médecins généralistes. Que les DMP soient créés par du personnel administratif dans des établissements de santé en amont d’une éventuelle utilisation, est une bonne chose.

Rappelons que j’ai ouvert un des premiers premier DMP fin décembre 2010 en mode IHM Web. A l’époque mon logiciel métier, Axisanté 5 (Société Axilog Compugroup France) ne disposait pas de connecteur DMP. Aujourd’hui c’est toujours le cas. Si je souhaite accéder aux quelques DMP ouverts pour mes patients, je reste obligé de passer par une interface web lancée par un navigateur et totalement déconnecté de mon logiciel métier. C’est peu pratique.
En outre ces DMP ne contiennent que les seuls documents médicaux que j’y ai exportés. En 16 mois aucun des DMP ouverts, pourtant pour des patients lourds avec des pathologies graves et complexes, n’a été alimenté par un autre médecin que moi ou un autre établissements de santé.

Selon le journal Les Echos « Le carnet de santé électronique inspire les éditeurs de logiciels ».
Visiblement c’est l’auteur de l’article qui manquait d’inspiration. On lit qu’en « En améliorant la circulation et le partage des informations, l’Etat espère réaliser entre 5 et 6 milliards d’euros d’économies par an, notamment en évitant la répétition d’examens et d’opérations coûteuses, dès lors que le diagnostic est connu ». C’était une promesse faite au doigt mouillé par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la santé, avant même le vote de la loi sur le DMP en août 2004 !
Selon le Jean-Yves Robin, le directeur de l’ASIP Santé « On est encore en phase de démarrage. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire auprès des patients, mais aussi de formation et d’accompagnement des professionnels de santé  ». Le problème c’est pas la pédagogie c’est de disposer d’abord d’un logiciel compatible !. L’agence gouvernementale a réuni le 23 avril une quarantaine d’éditeurs de logiciels, spécialistes du secteur de la santé, et tous « DMP-compatibles », pour accélérer ce déploiement. Dans la liste, on trouve mon éditeur, mais qui n’a développé, enfin plutôt greffé une rustine DMP que sur la version la plus antique de son logiciel métier !

Jean-Yves Robin applaudit ce «  fantastique catalyseur pour le marché de l’informatique de santé ». Il est certain que les éditeurs du secteur des logiciels de gestion de dossiers patients ont compris le message et ont sorti la caisse enregistreuse et vont faire payer les médecins !

47% d’augmentation du coût d’usage des logiciels médicaux !

Mon éditeur, comme d’autres, vient d’augmenter ses tarifs, malgré que :
- nous ne disposons toujours pas de connecteur DMP alors que le service en ligne est disponible depuis plus de 16 mois chez des éditeurs concurrents,
- que les nouveaux téléservices exigés par l’assurance maladie (et non par les médecins) ne sont pas implantés
- que le module de prescription médicamenteuse ne soit toujours pas certifié par la HAS alors que c’est la Loi du 13 aout 2004, celle qui a créé le DMP, qui le demandait !

Arguant du fait que « « Votre environnement professionnel change dans le contexte d’une politique gouvernementale résolument orientée vers la télémédecine et l’e-Santé, de la mise en place de la Nouvelle Convention Médicale depuis le 1er janvier 2012, et d’autres projets d’envergure comme le Dossier Médical Personnel, les téléservices de l’Assurance Maladie (HRi, MTi, AATi, PSEi), ou encore la nécessaire certification HAS des Logiciels d’Aide à la Prescription.
Ces évolutions demandent des investissements importants [….]
Dans ce cadre nous sommes donc contraint de répercuter une partie de ce investissements en procédant à un ajustement de ces tarifs. Nous vous informons que le prix de votre contrat d’abonnement passera à 94 euros TTC par mois à partir du 1er avril 2012 conformément à nos conditions générales de vente
 ».

Pour deux médecins, la note mensuelle est donc passée brutalement de 64 euros à 94 euros, soit une augmentation de 47 %, et cela sans avoir en contrepartie la moindre évolution !