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Mar 06

Un ersatz de DMP, le dossier médical « CODE D’URGENCE »

36€ TTC par an, c’est ce que coûte CODE D’URGENCE “la technologie qui peut sauver des vies !”

Le 15 janvier 2012 a étélancé un nouveau service de Dossier Médical d’Urgence (DMU). Deux départements, celui de la Sarthe et de la Loire-Atlantique seraient déjà opérationels puisque leurs SAMU et SMUR seraient « d’ores et déjà équipés et formés à cette nouvelle technologie ». Selon ses promoteurs dix autres départements seraient en cours d’autorisation, la Charente, la Charente-Maritime, la Côte d’Or, l’Eure et Loir, la Gironde, la Mayenne, la Moselle, le Nord, la Vendée et la Vienne.

Le marché, il s’agit d’une offre commerciale, est surtout celui des utilisateurs de deux roues (moto, scooter). L’argumentaire rappelle qu’il s’agit d’une « population particulièrement accidentogène  » et que «  ils représentent 24 % des accidents pour 1 % du trafic ».
On peut quand même douter que les jeunes qui roulent en scooter aient les moyens de payer ce service 36€ par an !
L’autre segment visé est celui des accidents de travail et en particulier du BTP.

Sur le plan la sécurisation des données, les DMU sont mis en ligne conformément à la loi par un hébergeur de données de santé agréé par le Ministère de la Santé. C’est Santéos [1], l’hébergeur du Dossier Pharmaceutique (DP) et du Dossier Médical Personnel (DMP), qui a été choisi.
En outre « de par son niveau de sécurité et de confidentialité, le procédé Code d’Urgence est assujetti, pour son déploiement, à une autorisation délivrée par la CNIL le 10/11/2011. »

L’idée peut sembler séduisante. Grace à un code barre 2D collé sur le casque d’un motard, un urgentiste peut accéder à son dossier médical afin d’adapter la prise en charge. En pratique il utilise un lecteur de code barre étanche à la pluie, fonctionnant la nuit ou en plein soleil [2] et relié à un smartphone. Le système serait sécurisé, l’accès au serveur se faisant par “autorisation individuelle”, via un accès au réseau 3G des opérateurs de téléphonie mobile.

Avec une dizaine d’autres Samu, le docteur Christophe Savio, responsable de celui de la Sarthe a testé le dispositif. Pour lui dans les cas où la victime d’accident ou de malaise est inconsciente et isolée «  L’intérêt est d’avoir des données médicales fiables, exploitables en urgence. En cas d’intervention sur un choc septique infectieux, on peut injecter un antibiotique qui va sauver le patient. Mais s’il y est allergique, on va le tuer. Avec le système Code d’urgence, on applique un traitement adapté ».

Faut-il encore que les données médicales accessibles via ce code barre soient fiables. Pour cela on compte sur le médecin traitant chargé de mettre à jour les données ! Il n’est pas certain que, déjà surchargé par des taches administratives, il saute d’enthousiasme à cette nouvelle perspective.
Il ne semble d’ailleurs pas prévu par CODE URGENCE de le défrayer. Rappelons que la loi du 13 août 2004 a institué le Dossier Médical Personnel (DMP) qui, après de nombreux retards, est disponible depuis un an. Un article du Code de la Santé Publique exige même que les professionnels de santé remplissent ce dossier en ligne, sauf avis contraire du patient, avec les différents éléments importants pour la coordination des soins.
Le docteur Christophe Savio évoque la problématique d’une éventuelle allergie médicamenteuse et son impact en cas de choc septique infectieux. Mais porter la mention d’une allergie médicamenteuse dans un dossier d’urgence demande mûre réflexion pour le médecin traitant. Il faut qu’il soit certain de sa réalité. Ecrire que le patient est allergique à la pénicilline alors que ce dernier a présenté une vague éruption contemporaine de la prise de différents médicaments dont un antibiotique, peut être lourd de conséquences. Cela peut entraîner une perte de chance pour le patient si l’information est inexacte. Une donnée de ce type ne peut être binaire. L’urgentiste doit pouvoir remonter éventuellement l’historique de cette allergie et trouver le document probant qui en atteste. Naturellement ce type d’information importante a sa place dans le DMP où elle peut être corrigée ou corroborée par d’autres médecins.

Le Dr Karim BOUDENIA, du SAMU 21 CHU de Dijon, explique que l’absence d’information sur le « groupe sanguin impose une transfusion en « O négatif », qui peut provoquer des effets secondaires majeurs ; la connaissance d’un traitement quotidien par anticoagulant par exemple est primordial en cas de traumatisme crânien ».
On peut aussi imaginer les conséquences pour le patient d’une mention erronée du groupe sanguin sur le dossier d’urgence. Quant à l’existence d’un traitement par antivitamine K ou par insuline, leur délivrance est déjà mentionnée en temps réel dans le Dossier Pharmaceutique et à terme elle le sera automatiquement dans le volet pharmaceutique du DMP. Au contraire du DP ou du DMP, rien ne garantit que les données du Dossier Code-Barre soient à jour. En effet l’actualisation repose sur une théorique « relance bi-annuelle afin d’être sur(e) que votre DMU reste à jour ».
Selon la FAQ, la procédure de modification semble lourde :
- L’abonné adresse un courriel ou un mail à CODE D’URGENCE.
- Le prestataire lui envoie alors un dossier papier qu’il doit modifier et faire valider par son médecin traitant.
- Ensuite il faut adresser ce dossier par courrier à CODE D’URGENCE
- La société « modifie vos données et vous renvoie les éléments pour validation comme à la souscription ».
La modification serait effective « 5 jours après la réception du dossier modifié ».
Il semble quand même que la validation definitive se fasse grâce à « un mail donnant un accès unique ».

Alors qu’il est gratuit, près un an d’existence seulement 50 000 DMP ont été créés. Très optimiste Franck Di Cosola table sur « 50.000 abonnements la première année ». La vignette autocollante est facturée 36€ par an. Pour le prix on en a quand même cinq ou dix. Le chiffre est variable selon les pages d’informations du site.
Le DMP est accessible partout en France. Franck Di Cosola espère « une couverture de tout le territoire dans les douze prochains mois ». On peut toujours rêver.
Interviewé par le site Moto-Station.com Franck Di Cosola explique que « Dans les 36 € de l’abonnement annuel, nous intégrons l’hébergement des données sécurisées via notre partenaire reconnu dans le monde médical, la mise à jour gratuite, la relecture des données par un médecin collaborateur de Code d’urgence, la fourniture de planche d’autocollants dont trois au moins doivent figurer sur le casque. »

Babelisation des données de santé

Ce dispositif, très coûteux, ce qui devrait en limiter la diffusion, participe donc à la babelisation des données de santé.
L’urgentiste va devoir développer des talents d’investigation. D’autres sociétés proposent des dossiers portables voire des puces implantées RFID. Sanoia a lancé un dossier anonymisé revendiquant 100 00 dossiers.
Le code-barre sur le casque, derrière la montre ou collé au dos du smartphone est-il celui du commerçant qui a vendu l’ustensile ou celui de Code Urgence ? Et puis n’oublions pas le fumeux dispositif de dossier médical portable sur clé USB promis par le député Jean-Pierre Door !
Peut_être qu’une société commercialisera un tatouage façon Prison Break où le dossier médical d’urgence sera caché dans un tatouage ? Au moins on sera certain de ne pas se tromper de patient !

Un intérêt pour améliorer l’identification des patients

Ce DOSSIER URGENCE n’a quand même pas que des défauts. En particulier il améliore l’identification des patients victimes d’accident de la circulation, par les services de secours. Ainsi dans la fiche consultable en ligne du DMU par l’urgentiste, il y a une photo et des données anthropométriques qui évitent une confusion d’identité entre le patient et un tiers.
Le Docteur Christophe SAVIO, patron du centre 15 S.A.M.U. du Mans donne l’exemple récent «  un jeune adolescent ayant emprunté le blouson d’un copain pour se protéger des intempéries, a été victime d’un accident mortel de la circulation. Les forces de l’ordre ont fait l’annonce du décès à la mauvaise personne ». On peut douter que quelqu’un qui conduit sans avoir ses propres papiers sur lui, ait pris la précaution d’ouvrir auparavant un dossier Code-barre.

Un gadget à visée commerciale !

D’autres urgentistes ne sont pas d’accord. Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes, estime que « C’est un gadget à visée commerciale. Il existe déjà plusieurs dispositifs pour des maladies spécifiques comme l’hémophilie, mais pour la santé il faut un système unique, pas multiplier les dispositifs. Il faut un système universel, qui couvre toute la population, et pas juste quelques abonné ». Il explique « Ça fait des années qu’on cherche le moyen de mettre en place un dossier médical d’urgence. On a déjà la carte vitale, une carte à puce avec photo que les gens peuvent toujours avoir sur eux. Elle pourrait renfermer les informations nécessaires. »

Mais il est certain que le Volet d’Urgence du DMP pourrait s’inspirer de la fiche individuelle Code Urgence et intégrer une photo ainsi que quelques données anthropométriques afin de faciliter l’identification d’une personne inconsciente. On imagine l’intérêt du couplage direct entre le code barre 2D et un DMP actualisé en permanence, mais cela ne justifierait plus l’abonnement annuel de 36€.

Le projet Rescue Code

A noter le projet RescueCode pas encore finalisé, mais proposé par l’association 112Academy, sans but lucratif au contraire de CODE URGENCE, dans lequel pour 15 euros, le motard disposera à vie, sans abonnement d’un bracelet avec un code gravé au laser. Ce code INS-C permettra l’accès au Dossier Médical Personnel.

Le conseil anti-crise du jour

La crise économique mondiale est là dehors qui nous guette. Hélas vendredi 13 janvier, Nicolas Sarkozy est passé sous une échelle et hop, la France a perdu son AAA. Les français doivent se serrer la ceinture.
Dans ce contexte difficile est-il nécessaire de claquer bêtement et chaque année 36 euros pour décorer son casque de moto d’un autocollant même pas sexy ?
Pour les inquiets qui sans ce grigri ne voudront plus utiliser leur scooter de peur de voir un chat noir traverser le périphérique, on peut conseiller une solution totalement gratuite et au moins aussi efficace :
- Profiter d’une consultation avec son médecin traitant pour ouvrir un DMP. S’il n’est pas motivé, lui rappeler que le chantier a englouti déjà 200 millions d’euro et qu’il serait peut-être temps de commencer à l’utiliser.
- Discuter avec lui des éléments médicaux importants à mettre en ligne
- Ajouter sa photographie en pièce jointe. Un cliché de la moto est facultatif.
- Imprimer sur une étiquette autocollante l’identifiant unique INS-C généré à cette occasion ou, à défaut de matériel idoine, l’écrire au feutre indélébile (1.30 € chez Leroy-Merlin) sur son casque de moto ou autre objet couramment utilisé.

A noter qu’en réaction au code-barre de CODE URGENCE à 36€ par an, Sanioa propose dorénavant de générer gratuitement son “QR Code d’urgence” permettant l’accès de l’abonné à sa fiche Sanoia. Ce code barre 2D peut ensuite être l’imprimé puis collé sur le support de son choix : «  casque de moto, équipement sportifs, etc. ». Hervé Servy, le promoteur de Sanoia, a oublié de lister le casque de chantier !

Sources

- AFP
- Communiqué de presse

 

 Santéos est une filiale 100% du groupe Atos Worldline, fililale du groupe Atos Origin.

 Pour assurer une lecture rapide du code-barre, CODE URGENCE a mis au point, en partenariat avec le CTTM (Centre de Transfert Technologique du Mans), un outil rétro-éclairé, isolant le code de la pluie, du soleil et définissant la distance idéale pour la lecture.

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