Paris Hilton party

Le GIP DMP lutte contre la crise de l’hôtellerie !

Le G7 des Ntics à Paris
A défaut d’avoir fait des étincelles avec le Dossier Médical Personnel, le GIP-DMP se reconvertit dans la lutte contre la crise du tourisme d’affaire et de congrès, secteur touché par le ralentissement économique mondial.
C’est au Hilton de Paris que se déroule les 20 et 21 octobre 2008, une Conférence UE-USA, modestement intitulée “ Politiques publiques relatives à l’informatique de santé ”.
Dans ce cadre, au milieu des sofas, la contribution française à la cause des Nouvelles Technologies de la Communication et de l’Information en Santé sera au moins aussi indiscutable que l’apport de Paris Hilton à la philosophie moderne !

Cocorico, le gouvernement français est champion du monde dans ce domaine injustement méconnu des « politiques publiques relatives à l’informatique de santé ». Son plus haut fait d’armes récent reste le mémorable pilotage du Dossier Médical Personnel. Ce grand chantier, inscrit dans la Loi du 13 aout 2004, plébiscité, avec une majorité digne de l’élection d’un potentat africain, par les médecins et les patients, est dorénavant reporté sine die, enfin officiellement pour 2011 et au delà. D’ailleurs Éric Besson, avec son plan “France numérique 2012” vient encore de lui mettre un an au compteur et prévoit de « mettre en place en place à l’horizon 2012 un service [minimum ?] de dossier médical personnel ».
Étonnamment le Plan de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS 2009) a même oublié jusqu’à son nom. Même carence pour le projet de loi “Patients santé et Territoire” dont l’objectif est pourtant d’offrir des soins de qualité sur tout le territoire. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer une analyse sommaire, si le Dossier Médical Personnel est aux abonnés absents, c’est parce qu’il n’est plus vital pour l’équilibre des comptes sociaux.
A l’instar de Charles Pasqua qui avait promis de « terroriser les terroristes », nul doute que les deux objectifs de santé publique prioritaires en 2004, c’est à dire la lutte contre la iatrogènie et la redondance des examens, ont été réalisés par la seule force des discours martiaux des ministres successifs de la santé. Même en l’absence de ce qui était pourtant le bras armé de la réforme, ce miracle tendrait-il à démontrer que la seule gesticulation politique ait pu aboutir ?
On comprend donc mieux le vif intérêt des administrations de santé européennes et américaine pour la virtuelle expérience française.

“Paris Hilton Ntics”, c’est chic !

C’est dans le cadre de la Présidence Française à l’Union Européenne que la France se retrouve en charge de ce bébé. Comme l’agenda du Groupement de désIntérêt Public DMP n’était pas bousculé en cette année 2008, le Ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative lui a officiellement refilé la patate chaude sur une idée, parait-il, lancée par l’ambassade de France aux États-Unis.
Mais prudente, Roselyne Bachelot sans doute un peu inquiète par les performances passées de cette technostructure, l’a fait épauler par le très pragmatique "Office of the National Coordinator for Health Information Technology" du Ministère de la Santé et des Services Sociaux des USA.

Illustration prémonitoire datée du 17 janvier 2007 Dernière victime expiatoire de la terrible “malédiction du DMP”, Jacques Sauret trop occupé à débarrasser son bureau s’est fait porter pale. Il faut reconnaitre au futur ex directeur de l’organisme aujourd’hui en charge de l’enterrement du Dossier Médical Personnel, qu’au moins lui a le sens du ridicule.
C’est donc Laurent Debenedetti [1], le “directeur des relations internationales pour le GIP-DMP”, qui fera le Monsieur Loyal. Il semble qu’il soit à l’origine de ce “G7 des Ntics [2] ” et qu’il prépare même sa présentation PowerPoint depuis le printemps.

Pourquoi le Hilton à Paris ?
Et bien, Laurent Debenedetti, le ministre des affaires étrangères du DMP, avait sans doute particulièrement apprécié son séjour payé par le contribuable au Hilton de Québec en septembre dernier. Faisant fi du réchauffement climatique, une formidable délégation française de 33 personnes avait alors franchi l’Atlantique en aéroplane. Le CATEL qui l’avait organisé, n’a pas encore pondu de résumé. On comprend que chaque mot doit être pesé compte tenu des retombées sans doute planétaires de ce périple inusité depuis celui de Jacques Cartier en 1534. Laurent Debenedetti a surtout ramené de son séjour sur les rives du Saint Laurent, des stocks de sirop d’érable qu’il distribura aux participants.

Mais le choix du Hilton Suffren de Paris est-il bien au niveau de cet événement historique ?
Vraiment on se demande pourquoi le GIP-DMP, qui ne sait pas quoi faire de son budget 2008, puisque le DMP n’existe pas, s’est contenté du banal Hilton Suffren de Paris.
Cette chaine d’hôtels porte pourtant la scoumoune au DMP. Ainsi en octobre 2004, “cinquante acteurs de santé” avait été réunis pendant trois jours en séminaire à l’hôtel Hilton de Roissy pour définir ce que devait être le Dossier médical Personnel. On se sait d’ailleurs pas vraiment si ces experts en sont ressortis puisque le dossier en ligne qui devait être disponible pour tous les français à l’été 2007, ne donne plus signe de vie.
Alors qu’il faut donner des signes forts pour relancer la consommation, il y avait d’autres lieux plus prestigieux. Ainsi, nettement plus classe, la bancassurance belgo-néerlandaise Fortis renflouée par la BNP et le Bénélux, avait opté le 10 octobre dernier pour le Louis XV, restaurant de luxe d’Alain Ducasse à l’hôtel Paris de Monaco. Cout 150 000 € pour un gueuleton offert à 50 courtiers indépendants.
Même choix raisonnable le 9 octobre pour Dexia le groupe bancaire recapitalisé en urgence la semaine dernière, qui y a organisé un banal “repas de travail” à 200 000 €, pour son comité de direction à l’occasion de la naissance de sa filiale monégasque.

“Des décideurs et experts européens et américains des systèmes d’information de santé partagés !”

Telle la statue de Bartholdi émergeant des plantes vertes du hall du Hilton, ce n’est rien de moins que le gratin des “décideurs et experts européens et américains des systèmes d’information de santé partagés” qui va éclairer le monde de ses lumières.
A noter qu’il n’y aucun expert français nominé dans la liste des sommités. Mais il est vrai que la France auréolé récemment de trois Nobel voulait la jouer modeste.
On remarque cependant la présence du lobbyiste Michael Maibach, Président Directeur général du European-American Business Council, qui ne s’est certainement pas déplacé uniquement pour acheter ses cadeaux de Noël.
Symptomatique de la surcharge de travail au 9 rue Georges Pitard, le contenu des Ateliers est encore en cours de traduction.

Au menu de grands moments :
Faute d’experts, en dehors de Laurent Debenedetti du GIP Disaster Management Plan, la France compte sur son atout maitre. Ainsi pour le débat sur “Les politiques en matière de e-santé” il y aura en guest star André Loth, l’inoxydable chef de notre Mission pour l’Informatisation du Système de Santé franco-française.
Rappelons que cette MISS, qui n’a pas plus de lien avec le “Comité Miss France” que son patron avec Geneviève de Fontenay, a été créée en décembre 1997 pour coordonner les divers projets techniques engagés dans ce domaine, et en particulier la carte de professionnel de santé (CPS), la carte d’assuré social (Vitale 1 et Vitale 2), le Réseau Santé Social et l’informatisation du poste de travail des praticiens. Le RSS, fumeux intranet de santé, n’a servi en pratique qu’à gérer les flux SESAM-Vitale pour le compte de l’Assurance Maladie du 1er novembre 1998 au 31 octobre 2004. La CPS n’est aujourd’hui sous-utilisée qu’à signer les feuilles de soins électroniques. Et Vitale 2 n’ a commencé à être diffusée qu’en 2007, soit 10 ans après la naissance de la MISS dont on mesure ainsi mieux l’efficience. Même son volet médical embarqué a été abandonné au profit, si on peut dire, de l’avorton DMP.
Quant à son chef actuel, c’est le père de la politique Sesam-Vitale qui entraina la glaciation des postes de travail des médecins depuis 1998. Avec ce passif, il débattra avec l’autorité qu’on lui reconnait des “Méthodes et politiques favorisant l’adoption des outils informatiques dans le secteur de la santé”.
A propos de méthode, les index des professionnels de santé qui depuis une décade, doivent se taper 30 fois par jour, pour chaque FSE, le cochage inepte d’une case, lui disent tous merci.
André Loth en profitera peut-être pour des donner des nouvelles de quelques mesures encalminées depuis quelques années dans le triangle des Bermudes de la e-santé comme l’agrément des hébergeurs de données de santé ou le référentiel “relatif à la confidentialité des informations médicales conservées sur support informatique ou transmises par voie électronique” qui patiente dans l’antichambre de la MISS depuis le vote de la Loi Kouchner le 4 mars 2002.

Avec le GIP DMP qui a déjà englouti 53 millions d’euro, soit 0,18 unité Tapie, dans le naufrage et la MISS, notre princesse au bois dormant, la France va donc donner des leçons aux américains et européens sur les dépenses en terme de « politiques publiques relatives à l’informatique de santé ».
D’ailleurs pour la vaporisation d’argent public, reconnaissons que les compères ne jouent pas dans la même cour que les banquiers qui claquent par centaines de millions d’euro.
Mais saluons le courage de nos deux héros qui ne manquent pas de testostérone. Ils sont en mission commandée pour le Ministère de l’Industrie. Le déficit du commerce extérieur est critique. L’objet caché de cette conférence parisienne est probablement de revendre nos scénarii de systèmes d’information de santé à d’autres pays émergents. Selon le barman du Hilton, l’Azerbaïdjan serait intéressé par les anciens cahiers des charges.

Par contre la France fait l’impasse sur la “Protection des données personnelles”, l’“ Interopérabilité des systèmes de santé”, et les “Politiques de coopération entre secteurs public et privé”. L’hexagone est là pour apprendre !
Aucun membre français des industries de santé sans doute échaudées par leurs mésaventures récentes liées au naufrage du DMP, n’aura un strapontin à la “Table ronde avec les industriels organisée par EABC (European American Council)”. Le délégué général de Syntec Informatique Francis Jubert, pas vraiment un spécialiste des technologies de la santé, y jouera quand même les utilités...

Dans ce programme, plus digeste que la macédoine « politiques publiques relatives à l’informatique de santé », les conférenciers sont invités à ne surtout pas rater à 20h00 le dîner au restaurant “Les Toits de Paris”.

Ce sommet des systèmes d’Information de Santé sera sans doute le chant du cygne du GIP DMP. En effet dans l’acronyme il y a les trois lettres funestes D, M et P qui ont malheureusement laissé moultes traces dans la mémoire de l’internet. Il suffit de les taper dans le moteur de recherche de Google pour retomber sur les débats parlementaires et les vains engagements des anciens ministres de la santé Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand.
Afin de faciliter l’amnésie politique et de la haute fonction publique, il faut un bouc émissaire et faire disparaitre toute trace de ce sigle. Il est donc prévu de tordre le cou du prétentieux volatile et d’engloutir les, encore, 60 personnes de cette technostructure dans la future Agence des Systèmes d’Information de Santé Partagés. D’ailleurs, le destin du GIP DMP a été scellé quand on a déplacé son siège rue Georges Pitard. C’est le patronyme d’un résistant qui a été fusillé comme otage au Mont Valérien en 1941.
La future Agence cherche encore un chef, probablement un faut-fonctionnaire capé. Comme souvent, le premier budget voté sera pour trouver un sigle. Peut-on lui conseiller d’opter aussi pour le coq, ce fier gallinacé symbole de la grandeur française, qui chante, même les ergots plantés dans le fumier de la basse-cour...

Lire aussi :

- La caustique lettre de Galilée du 21 octobre 2008 : Lettre n°49 : DMP : Top-down, bottom-up et grand tournis”.

Quelques réactions :

Le GIP DMP lutte contre la crise de l’hôtellerie ! - 18 octobre 2008, par juju2

Webmaster ! je ne comprends pas qu’en six mois écrit en php par exemple avec une vingtaine de codeurs ? on ne nous boucle pas ce dmp ! Le problème c’est qu’ils partent des logiciels des toubibs pour écrire dans le fumeux DMP alors qu’il faut faire le contraire : il faut que les logiciels des toubibs et autres s’adaptent a la structure du site du dmp ! bah sans doute que seuls des gens du terrain peuvent comprendre ça ??

C’est terrible de constater qu’a long terme des entreprises ’moteur de recherche’ a grand renfort de labo & pub médicales géreront les dossiers des patients ! Adieu les logiciels en visual basic non souples ! quel bonheur dans Gmail de voir a cote de mon mail une pub pour l’imodium !

Utile cependant dans toutes ces histoires de fric mal placé ! c’est le contribuable qui a les effets indésirables de ces logorrhées dans ces grands hôtels !

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Forum de l’article en ligne

[1] Laurent Debenedetti : ex directeur des systèmes d’information et de l’informatique de l’institut Curie, ex IT Director à Hammersmith Hospitals NHS Trust

[2] Nouvelles Technologies de l’Information et la Communication en Santé

publié le 17 octobre 2008 par Jean-Jacques Fraslin