L’Estonie nouvel eldorado des systèmes d’informations de santé ?

Le vent frais de la e-santé souffle de Tallinn !

En Estonie, on n’a pas de MISS, mais des idées...

Alors qu’en France la situation des systèmes d’information de santé est tragique suite au gadin du Dossier Médical Personnel et l’absence d’agrément des hébergeurs de santé 7 ans après le vote de la loi Kouchner, il semblerait qu’en Estonie on fasse beaucoup mieux avec peu d’argent. Pharmaciens, médecins et hôpitaux auraient désormais commencé à échanger des informations médicales via le Net.

La e-santé estonienne bénéficie du terrain fertile de l’E-stonie.
Au sein de l’Union européenne, l’Estonie, qui s’est seulement libéré du joug soviétique en 1991, est considéré comme un des pays les plus en pointe dans l’usage des nouvelles technologies de l’information et de communication. Selon une étude commanditée par la Commission européenne, les services publics estoniens étaient en 2006 sur la deuxième marche du podium pour leur accessibilité électronique, juste derrière l’Autriche.
Le texte “Stratégie estonienne pour une société de l’information 2013” pose le cadre général de la politique en matière de technologies de l’information, avec objectifs et domaines d’activité concernés. Des unités gouvernementales spécialisées coordonnent budget, législation, programmes, développement et coopération internationale en matière des systèmes d’information. Ainsi le portail du Centre Estonien des Registres et des Systèmes d’information est interopérable avec les portails européens numériques équivalents (belge, Portugal, etc. ). L’Estonian Information Technology College forme des spécialistes en technologies de l’information. Ainsi logiciels KaZaa et Skype ont été développés par des Estoniens.

Même si ce pays balte reste encore un des moins riches de l’union, le taux de pénétration de l’internet haut débit est l’un des plus élevés. En 2007 48 % des estoniens étaient abonnés au haut débit contre 43% pour la France. Le projet X-road  [1] n’est pas la rue des sex-shops de la capitale Talinn, mais un environnement d’intégration des systèmes et des bases de données. Il permet de supporter des téléservices aptes à faire des requêtes simultanément sur différentes bases de données. Lancé en 2001, alors que X-Road est un système de plus en plus vaste et complexe, au contraire pour les estoniens c’est un environnement en ligne pratique et sécurisé permettant de faire des recherches dans un grand nombre de banques de données à l’échelle nationale.
En janvier 2002, la Carte d’identité électronique (ID card) a commencé a être distribuée.
Depuis 2003, toutes les écoles estoniennes sont connectées à la plateforme de communication en ligne “ E-école”. Les parents peuvent ainsi suive les notes, les absences des élèves, le contenu des cours, les devoirs donnés et l’évaluation des élèves.
En 2005 devant la fracture numérique entre les villes et les campagnes, l’état a lancé KülaTee 3 (Route de village 3), un chantier visant à améliorer l’accès permanent à Internet dans les zones rurales à faible densité de population. Désormais même les vaches lettones, au fond de leurs étables, peuvent ruminer en surfant sur le net.
En août 2007, plus de 956 000 estoniens soit plus de 70% de la population, disposaient déjà une carte d’identité électronique. C’est devenu le principal moyen d’identification des utilisateurs aux téléservices publics. Cette carte ID permet de signer numériquement, par exemple les déclarations d’impôts, mais aussi d’acheter des tickets de bus et même de voter aux élections depuis octobre 2005.
L’accès à l’internet a même été inscrit comme un droit constitutionnel ! Ainsi, six ans après le premier vote par internet, le parlement estonien a adopté en décembre 2008, une nouvelle loi permettant à partir de 2011, le vote par téléphone en utilisant des cartes SIM certifiées.

L’Estonie s’est engagée dans la voie de la cybersanté, car son système de santé n’est pas au top.

En effet alors qu’en Europe les hommes vivent en moyenne sans ennui de santé jusqu’à 67 ans et les femmes jusqu’à 69 ans, l’Estonie détient le plus mauvais indicateur avec 59 ans pour le hommes et 61 ans pour les femmes. Au Danemark voisin, c’est 73 ans pour les hommes et 74 ans pour les femmes. En 2006 dans cet état balte les dépenses totales consacrées à la santé par habitant étaient de 989$, contre 3554$ pour la France.

PaysRevenu national brut par habitant Espérance de vie à la naissance H/F ) dépenses totales consacrées à la santé par habitant
France 32 240 $ 77/84 ans 3554 $
Estonie 18 090 $ 59/69 ans 989 $

Après l’e-governement [2], cap sur la e-santé !

Ce chantier national de la e-santé a été initié dès 2002 avec le “Health information system development plan”.
Le 20 Décembre 2007, le Riigikogu, parlement estonien à une seule chambre, a ratifié l’amendement de la loi (Health Services Organization Act et Associated Acts Amendment Act) qui établit les principes juridiques pour la mise en œuvre des projets de santé en ligne (Electronic Health Record, Digital Image, Digital Registration et Digital Prescription ). Cette loi prévoit qu’à compter du 1er septembre 2008, les prestataires de soins de santé sont tenus de transmettre numériquement les données médicales à un système central d’information sur la santé (health information system). Selon les texte, les premières applications devaient être lancées à l’automne 2008 et le développement progressif du système se poursuivre jusqu’en 2013. La mise en œuvre est assuré par le ministère des Affaires sociales et les autorisations d’accès au système d’information sanitaire dépendent de la Fondation estonienne pour la e-santé (Estonian eHealth Foundation). Les fournisseurs de services de soins de santé doivent conclure un contrat avec cette fondation pour la cybersanté estonienne créé le 18 octobre 2005, afin d’être interfacés avec le système d’information sanitaire.

L’Estonie a lancé 4 projets de e-santé :
- L’ Electronic Health Record ou dossier de santé électronique (EHR) aurait commencé à être mis en œuvre dès l’automne 2008. La solution technique du dossier de santé électronique estonien a été développé par Hewlett-Packard, qui a déjà une expérience dans le secteur des technologies des systèmes d’information de santé au Royaume-Uni, en Espagne, en Autriche, en Irlande et dans la Lituanie voisine. Microlink Estonie aurait également contribué au développement de ce dossier de santé électronique.
Il est prévu que dans un délai de cinq ans, tous les documents médicaux utilisés en Estonie soient électroniques. En aout 2008, selon un sondage réalisée par TNS Emor, 97% des médecins et 57% des estoniens avaient entendu parler du EHR. Parmi ces derniers, près de 71% y serait favorable. Selon les médecins, le principal avantage du EHR serait que toutes les informations sur les examens et les consultations sur les patients soient disponibles à partir d’un seul site, quelle que soit l’établissement de de santé ou les médecins qui ont effectué les soins. Les médecins craignent principalement de perdre trop de temps à entrer et à récupérer les informations du système. Ils ne sont pas certains de la fiabilité des accès au cours de pannes d’électricité, par exemple.

Trois autres services de santé en ligne sont lancé parallèlement au DSE :
- La Digital prescription : Les médicaments sur ordonnance peuvent être achetés auprès de n’importe quelle pharmacie en présentant une pièce d’identité personnelle,
- Digital Registration : l’enregistrement numérique qui permet aux patients de réserver et d’annuler les rendez-vous via un portail web.
- Digital Image qui permet aux établissements de soins de santé l’accès à une banque de données centrale archivant l’imagerie du patient comme la radiologie.

En Estonie, les projets de santé en ligne sont financés par les Fonds structurels de l’Union européenne. Le budget pour la mise en œuvre de ces quatre projets de santé en ligne est de 36 millions euros.

Selon un article de Cafebabel.com il parait qu’à Tallinn la santé est déjà online !

Selon Madis Tiik, administrateur délégué de la Fondation estonienne pour la e-santé, l’e-health est « un projet qui a vu le jour dans le courant des années 90 dans le but de mettre en place un système fiable et sécurisé d’interconnexions et de transmissions de données médicales, en reliant entre eux tous les systèmes d’informations sanitaires existants ». Madis Tiik explique : « Nous avons répertorié tous les praticiens, les dispensaires et autres prestataires de santé publique. L’intégralité des hôpitaux du pays sont eux-aussi connectés. Nous avons ainsi développé un réseau informatique de santé publique, l’e-health information. Il opère comme une grande base de données. »

Le e-patient estonien

En Estonie, l’accès aux e-services se fait en utilisant sa carte d’identité électronique, via un portail en ligne où sont répertoriés tous les services accessibles à chaque citoyen en se servant de l’infrastructure X-road.
Des téléservices santé s’y ajoutent désormais. Le docteur Ele Tammemäe de l’hôpital central de Tallin-Est, indique que « Quand un patient veut contrôler ses propres données, il peut le faire en se branchant sur le portail ad hoc ».
L’utilisation d’internet dans les soins de santé serait devenue incontournable dans toute l’Estonie depuis janvier 2009. Ele Tammemäe est fière d’expliquer : « Nous venons de l’Union soviétique où la tradition était que le malade ne devait rien savoir. Aujourd’hui, au contraire il peut tout contrôler ! »
Cette nouvelle entité, le e-patient, dotée depuis plusieurs années déjà de sa propre identité électronique, peut accéder à ses données médicales disponibles en ligne. Le e-patient peut contrôler toutes les informations sur son état de santé. Les bilans radiologiques, les analyses de sang, les traitements prescrits par les différents médecins. Le médecin peut consulter le dossier médical complet, même s’il n’a jamais vu le patient auparavant. Nul besoin de prendre contact avec l’ancien médecin pour mettre à jour son dossier médical.

Vers la e-prescription :

L’usage par les médecins estoniens des systèmes d’information de santé va changer la façon de prescrire les médicaments. L’ordonnance sera mise en ligne par le prescripteur, ce qui permettra aussi au patient de la consulter. Pour la délivrance, il lui suffit de se rendre à la pharmacie avec sa carte d’identité électronique.

Et en plus cette mutation vers la e-santé coûte peanuts !

En effet « Tout ce que nous faisons dans le domaine des soins de santé est faible coût par rapport à presque tous les autres pays européens », rappelle Madis Tiik. En Estonie, il y a des infrastructures déjà disponibles basées sur X-Road qui permettent de réduire les coûts en réutilisant des services existants. Selon Madis Tiik, «  pour connecter le portail pour les patients et d’autres services connexe à cette plate-forme d’intégration pour les fournisseurs de soins, le coût est de trois millions d’euros. »
Des e-cacahouètes, effectivement par rapport au 73 millions d’euros dépensés en France pour l’avorton DMP et l’argent dilapidé dans les réseaux de soins. Avec le seul budget du GIP-DMP les trois états baltes auraient pu financer leur e-santé.

Bien entendu, il faudrait pouvoir vérifier la réalité de la e-santé estonienne. En France, après le vote en aout 2004 d’une loi équivalente, Philippe Douste-Blazy, puis Xavier Bertrand nous annonçaient, promis, juré, craché, l’avènement du Dossier Médical Personne (DMP) pour tous les français au plus tard le 1er juillet 2007 !
Un journaliste estonien suivant le MEDEC 2006 pour les besoins d’un article sur l’énorme avance des systèmes d’informations de santé français, aurait pu en tirer des conclusions un peu trop optimistes !
La Mission pour l’Informatisation du Système de Santé (MISS) français mène l’enquête en Europe sur ces surprenants systèmes d’informations de santé qui ne brassent pas que du vent. Selon nos informateurs, André Loth son chef, ainsi que Michèle Thonnet la spécialiste franco-française de l’interopérabilité européenne, auraient été vu assis en spectateurs dans la salle de la Conférence “eHealth for individuals, society, and the economy” [3], qui a eu lieu à Prague en République tchèque, les 19 et 20 Février 2009.

Sources :

- Estoni@ : la santé passe par les fibres optiques la santé passe par les fibres optiques

[1] La couche de transport de données X-Road (X-tee) des systèmes d’information de l’état Estonien est un environnement technique et organisationnel qui permet d’assurer le transfert de données entre les bases de données numériques des institutions et les citoyens. Il coordonne également l’accès des individus à l’information et les traitements dans les bases de données.

[2] L’e-gouvernement c’est la transformation progressive des relations internes et externes du secteur public grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

[3] c’est-à-dire la santé en ligne pour les particuliers, la société et l’économie

publié le 4 mars 2009 par Jean-Jacques Fraslin