La e-prescription sous le soleil d’Andalousie

Au contraire de la France dont les mythiques projets de santé en ligne sont enlisés, en Andalousie la e-prescription connectée au dossier médical électronique est une réalité....
En France en raison de limites règlementaires et conventionnelles, l’ordonnance papier reste la pièce justificative indispensable pour la délivrance en pharmacie mais aussi au contrôle et au paiement par les caisses.
Le chantier du Dossier Médical Personnel promis pour juillet 2007, de par son ambition démurée, a sans doute nuit empêché des initiatives de prescriptions électroniques. Son échec a laissé la France au bord de l’autoroute des systèmes d’informations de santé.
Plus pragmatiques, plusieurs pays européens se sont lancés dans la prescription dématérialisée. Au sud de l’Europe, l’Andalousie montre l’exemple !

L’Andalousie, au sud de la péninsule ibérique, a une population de 8 200 0000 habitants, soit 17.8 % de celle de l’Espagne. C’est une des dix-sept communautés autonomes qui comprend les 8 provinces d’Almería, Cadix, Cordoue, Huelva, Jaén, Málaga et Séville.

La “Receta XXI”, la Prescription du XXIème siècle ou “Receta Electrónica” est un nouveau système de prescription électronique des médicaments par les médecins. “Receta XXI” facilite et sécurise la distribution des ordonnances dans les pharmacies de l’Andalousie.

Le projet pilote a débuté en 2003 à Torreblanca un quartier de Séville, avec 17 médecins travaillant dans centres de soins de santé primaires (centros de salud de atención primaria) , huit pharmacies et 400 patients.

Progressivement il a été étendu à l’ensemble de l’Andalousie.
En septembre 2008, 93%% des andalous étaient éligibles à cette prescription/délivrance électronique.
En 2008, plus de 78 millions des prescriptions, soit 85,6 %, étaient déjà numériques. On estime que cette e-prescription aurait diminué d’au moins 22 % les déplacements des patients chroniques dans leurs centres de santé.

Dans cette communauté autonome d’Andalousie, l’ordonnance sur papier est en passe de disparaitre en particulier pour les traitements chroniques.
Elle reste utilisée pour les épisodes aiguës.

Receta XXI

Comme en France, il existe en Andalousie des cartes à puce pour les assurés sociaux (“Tarjeta de la Seguridad Social” ).

Le service Receta XXI est disponible pour toutes les personnes actives ou les retraités de la DC. AA. d’Andalousie.
Les patients doivent disposer d’une carte de sécurité sociale délivrée par la Junta de Andalucía, c’est à dire le conseil de l’Andalousie [1].

Cette carte à puce, sur laquelle est imprimé le NUHSA (Número de Historia Única de Salud de Andalucía), permet aussi l’accès au bureau virtuel du service de santé d’Andalousie et à Diraya.

Diraya

L’Andalousie s’est lancée depuis 2003, avec beaucoup plus de succès qu’en France, dans Diraya un système d’information de santé intégré.
Ce système comporte plusieurs composants interconnectés :
- Base de Datos de Usuarios (BDU).
- Historia Digital de Salud del Ciudadano (HDS), ou histoire numérique de la santé des citoyens. C’est Diraya bien que ce nom englobe dorénavant l’ensemble du DMP andalou.
- Módulo de Tratamiento de Información (MTI),
- Receta XXI
- Ceis : Un service centralisée de rendez-vous pour des soins primaires via un numéro de téléphone unique.

Les médecins de famille, les médecins spécialistes, les services des urgences des hôpitaux peuvent modifier les prescriptions ou les renouvellements directement via Diraya.

Ce dossier médical informatisé est connecté à Receta XXI, la base de données de prescriptions, gérée par le serveur central du SAS (Servicio Andaluz de Salud), le Service andalou de Santé.

Plus de 7.6 millions de patients andalous, identifiés par leur NUHSA, équivalent de notre NIR, disposaient déjà d’un dossier en ligne (97.5 %) en mai 2007.

Les médecins ont un accès en permanence à un tableau de bord mis à jour en temps réel des médicaments prescrits et effectivement délivrés dans les pharmacies. L’exhaustivité des données disponibles est bien supérieure à celles du DP des pharmaciens français.
Les praticiens peuvent prolonger, renouveler les traitements en ligne et cela même en l’absence physique du patient. En fonction par exemple des résultats des examens biologiques, ils peuvent même directement modifier la prochaine ordonnance qui sera délivrée en pharmacie.
Même si l’ordonnance est devenue virtuelle, lors des consultions ils peuvent aussi imprimer un duplicata de l’ordonnance pour le patient.

La délivrance

Munis de leur carte de sécurité sociale, les patients vont dans les officines aujourd’hui connectées à 99 % pour se faire délivrer les ordonnances.

Les pharmacies, authentifiées par des cartes à puce sécurisées par un code PIN, se connectent via un navigateur internet sur le serveur de Receta XXI via un intranet professionnel NAU y CSRN , géré par le Consejo Andaluz de Colegios Oficiales de Farmacéuticos, équivalent à un Conseil régional de l’Ordre des Pharmaciens. Les adresses IP sont fixes, uniques et non dynamiques afin de limiter les risques d’intrusion.

Une fois la session sécurisée ouverte, le pharmacien peut alors lire les numéros de sécurité sociale des patients à partir de leur carte à puce.
Il a alors accès à la e-prescription du médecin avec la date et la durée de distribution de chaque médicament, le nombre d’unités, les conseils de prescriptions, etc.
Bien entendu il y a interactivité avec les logiciels de gestion des officines.
Il peut alors délivrer les "créditos" de médicaments au patient.

Les "créditos" correspondent au nombre de boites de chaque médicament nécessaire pour couvrir une période de traitement de 1 à 5 mois. Les "créditos" doivent être délivrés dans les deux mois.

Implémentation de Receta XXI en mars 2009 :

- 681 centres
- 7 494 417 usagers (94 %)
- 2 547 496 patients
- 5 326 médecins (91 %)
- 3 540 pharmacies (99 %)
- 135 millions de médicaments dispensés.

Comme en France les établissements de santé sont en retard sur la ville. Seul un hôpital propose la prescription électronique (9 516 patients concernés avec 33 154 prescriptions).

En mars 2009, le pourcentage de e-prescription atteint 50% en Andalousie. Elle permet une augmentation du temps consacré aux patients, offre un support mutualisé pour rationaliser la prescription et la dispensiation des médicaments chroniques. En 2008, sur les prescriptions annulées par précaution par le pharmacien 94,10% ont été confirmées ensuite par le médecin.
Ce service en ligne améliore le suivi et le contrôle de l’usage rationnel des médicaments, limite le risque d’interactions, permet de diminuer la fraude et diminue les coûts de gestion pour l’assurance maladie andalouse.

Et en France ?

Dans le domaine des systèmes d’information de santé, l’hexagone après l’échec du chantier du Dossier Médical Personnel, est dorénavant la lanterne rouge de l’Europe.
Le succès du Dossier Pharmaceutique, au 1er juin 2009, 3 509 665 DP ont été créés dans 8 500 officines, est l’arbre qui cache la forêt des nombreux échecs.
Actuellement il n’y a pas d’équivalents à Receta XXI et pas de possibilité de dématérialisation des ordonnances. Aujourd’hui avec les limites règlementaires et conventionnelles, l’ordonnance papier reste la pièce justificative indispensable au contrôle et au paiement par les caisses.
Ainsi une ordonnance scannée à l’officine pour faciliter la gestion des renouvellements doit être imprimée avant la mise sous enveloppe vers les différents régimes obligatoires.
Des discussions étaient en cours depuis 2007 entre les syndicats de pharmaciens et l’assurance maladie afin d’aboutir à une dématérialisation de ces échanges et donc d’en restreindre les coûts de gestion. Mais il est nécessaire que les conditions d’acquisition et d’intégrité de l’image scannée permettent d’en faire un « original reconstitué » et qu’une convention donne la même valeur probante à l’image dématérialisée qu’au duplicata d’ordonnance. La carte CPS sera sans doute utilisée pour signer et sceller numériquement l’image.

Selon la lettre d’informations professionnelles de l’UNPF, les syndicats et l’Assurance maladie viennent de signer un protocole d’accord débouchant sur une expérimentation dans 112 officines qui se déroulera jusqu’au 31 décembre 2009. Les ordonnances dématérialisées seront d’abord gravées sur CD-ROM...

Quant à la e-prescription des médecins, c’est un des projets du Conseil National de l’Ordre des Médecins. Mais comme sur les autres chantiers balbutiants, il faut laisser du temps au temps...

Sources :

- Février 2007 : The use of the health card in the Diraya project of Andalusia
- HIT 2009 : Deploying ePrescription par María José Piña Vera du département de la santé d’Andalousie
- Galeno Receta XXI

Quelques commentaires :

- 24 juin 2009, par LeClient
Avec la chance d’avoir des acteurs objectifs on avance. tout ne va pas si mal sous le soleil de France ? Merci de faire un petit article sur le CAPI, rien que pour informer les assuré(e)s.

- 4 juin 2009, par Jacques LUCAS - CNOM.
C’est toujours un plaisir de lire les contributions de i-med sur la marche de l’informatisation de la santé. Tout élément moteur à besoin d’un aiguillon que JJF tient à la perfection :-) Toutefois, tout ne va pas si mal sous le soleil de France, même si la situation est assurément perfectible. Il faut donc s’y employer et il vaut mieux voir le côté positif des choses. L’expérience Andalouse est très intéressante et celle de la Suède, avec des charmes différents, l’est encore plus. La densité des populations n’est toutefois pas la même. Je confirme cependant que le CNOM était associé à la Table ronde de HIT Paris 2009 ainsi que le CNOP à laquelle JJF se réfère et que la prescription électronique reste concrètement dans les préoccupations opérantes du CNOM et du CNOP. Il ne saurait d’ailleurs y avoir demain de Télémédecine (Voir loi HPST ) sans prescription dématérialisée associée, ni aujourd’hui de prescription dans le cadre de la Régulation 15 sans le même outil.
Docteur Jacques Lucas Vice-Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins- Délégué aux SIS.

[1] La Junta de Andalucía est l’institution sur laquelle repose l’auto-gouvernement de la DC AA d’Andalousie.

publié le 4 juin 2009 par @Fraslin


Warning: preg_split() [function.preg-split]: Compilation failed: POSIX named classes are supported only within a class at offset 13 in /home/imedupoz/www/ecrire/inc/syndic.php on line 145

Warning: preg_match_all() [function.preg-match-all]: Compilation failed: POSIX named classes are supported only within a class at offset 14 in /home/imedupoz/www/ecrire/inc/syndic.php on line 166