Monpass.santé, l’ambitieux e-carnet médical d’Orange

Un cheval de Troie anti DMP construit par Orange

Le Dossier Médical Personnel étant en réanimation, la Mutuelle Générale, lance son propre dossier de santé électronique « monpass.santé ».
- Le premier service de cette offre est un carnet électronique de vaccination.
- Mais il y a d’autres projets, comme le carnet dentaire, le carnet optique, le carnet sportif ou même le Dossier Médical d’Urgence !
On imagine même un historique des remboursements autogéré par le patient contrairement à celui de l’Assurance Maladie !

Plus que le contenu, pour l’heure assez anecdotique, ce qui étonne c’est le niveau de sécurisation jamais atteint jusqu’à présent dans l’hébergement de données de santé en ligne.
Mais cette débauche technologique sert sans doute à tester un prochain Dossier Médical Patient sur internet. Si un jour le DMP renait de ces cendres, il risque de trouvera sur son chemin des offres industrielles comme celles de Microsoft-HealthVault , Google Health mais aussi celle de Orange.

L’entreprise mondiale de télécommunications, futée, teste son architecture progressivement en commençant par des données peu confidentielles, ce qui limiterait les dégâts médiatiques en cas d’accident industriel comme en a connu le DMP dans sa phase expérimentale. De plus Orange en lançant sa propre carte à puce, utilise des composants totalement standards et s’affranchit ainsi des lourdes contraintes de la couche propriétaire des cartes Vitales de l’Assurance Maladie.

Vers une balkanisation de dossier médical

Marc Legrand, le vice-président de la Mutuelle Générale, cité par ZdNet le confirme : « monpass.santé concerne pour l’instant des données médicales peu sensibles. Mais il offrira ensuite progressivement d’autres services liés aux soins optiques, aux travaux dentaires, aux interventions d’urgence ou à la prévention des risques d’allergies. Ce dispositif constitue une brique essentielle dans l’édifice du dossier médical partagé. »

Une “brique essentielle” ou plutôt une offre destinée à occuper le terrain laissé en jachère par les pouvoirs publics ?
En dehors de ce cheval de Troie construit par Orange, si le DMP se réveille un jour, il pourra trouver d’autres concurrents comme les projets de Microsoft et Google !

Force est de reconnaitre que ce “carnet de vaccins électronique”, même s’il a une haute valeur symbolique pour le patient, n’a que peu d’intérêt médical. Mais c’était quand même une des briques de feu le “Dossier Médical Personnel”.

Si un jour, ce moribond est réanimé, il risque de trouver un paysage de l’e-santé encombré de services redondants et hétéroclites. En effet le marché publicitaire lié à la santé est un nouvel eldorado qui aiguisent les appétits.
Plus grave pour l’indépendance de nos données de santé, le néo-DMP devra se battre avec les solutions déjà installées de géants industriels comme Microsoft avec “HealthVault”, Google et son “Google Health” et aussi celle très crédible de Orange. En effet on imagine mal que la Mutuelle Générale, et derrière elle l’opérateur internet, ait investi dans une infrastructure à clé publique PKI utilisant des cartes à puce et des lecteurs USB uniquement pour proposer un banal “carnet de vaccination” !
D’autant plus qu’avec “monpass.santé” le niveau de sécurisation est infiniment plus élevé que lors des calamiteuses expérimentations du DMP de la fin 2006. C’est même dorénavant l’étalon dans la sécurisation des données de santé hebergées en ligne !

C’est déjà dans les éprouvettes. D’ici quelques mois, de nombreux autres services s’ajouteront à Monpass.santé :

- le carnet dentaire,
- le carnet optique,
- le carnet sportif
- ou même le Dossier Médical d’Urgence !
- Ainsi “l’historique des remboursements” n’est aujourd’hui toujours pas disponible pour les affiliés de la Mutuelle Générale. Sera t-il accessible via ce portail sécurisé ?
Contrairement à celui proposé par l’assurance Maladie, l’infrastructure technique permettrait au patient à avoir accès à ses propres données de remboursement. L’assuré de la Mutuelle Générale pourrait même en occulter certaines selon les praticiens autorisés.
C’est donc une pierre dans le jardin de l’assurance maladie dont le service est interdit au patient en consultation et a fortiori en masquage !

Le rapport récent de la Mission d’information de l’Assemblée Nationale sur le dossier médical personnel rappelle qu’on observe aujourd’hui, « l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché de l’e-santé comptant parmi les acteurs majeurs de l’Internet : trois sociétés mondiales, Microsoft, Google et Orange, ont annoncé à quelques mois d’intervalle en 2007 la mise en place de sites où les particuliers pourront gérer et stocker leur dossier médical personnel. Microsoft a baptisé son site « HealthVault », Google « Google Health » et Orange « monpass.santé ». On peut imaginer que ces opérateurs trouveront les moyens d’assurer la pérennité de leurs services, mais la question réelle, si l’on veut évaluer le potentiel de ces dispositifs, est de savoir s’il s’agit de services indépendants ou de produits d’appel destinés à permettre à leurs promoteurs de prendre pied sur un marché très disputé et en cours de restructuration. »

Pour les médecins, le casse-tête va commencer !
Ainsi le mode de consultation de l’historique des remboursements sera différent selon l’assurance obligatoire. Il faudra la carte Vitale pour le régime général et la carte mompass.santé pour les affiliés de la Mutuelle Générale.
Idem pour la consultation des briques médicales qui obéiront à la logique de chaque prestataire !

TEST

Une première brique, le e-carnet de vaccins

Rappelons que dans le cadre de la Loi n°2004-806 du 09 août 2004 relative à la politique de santé publique, les pouvoirs publics ont fixé un objectif de vaccination d’au moins 95 % de la population.
- C’est le premier objectif de ce nouveau service en ligne.

Depuis octobre 2007, cette carte à puce “monpass.santé” est proposée uniquement aux salariés du groupe France Télécom adhérents de la Mutuelle Générale [1] , soit 245.000 personnes, en commençant par 60 000 adhérents et bénéficiaires confondus, dans 31 départements du Nord, Ouest et Sud de la France.
Courant 2008, cette carte sera distribuée à tous les autres collaborateurs du groupe France Télécom. Début 2009, cette carte sera diffusée à tous les adhérents de la Mutuelle Générale et leurs ayants droits, soit 1,2 million de personnes.
Orange Business Services, le prestataire, a déclaré auprès de la CNIL cet hébergement des données personnelles à caractère médical. On peut quand même s’étonner que France Télécom héberge, via une de ses filiales, les données de santé de ses propres employés !

Afin de garantir une sécurité maximale des données échangées ,Almerys , l’activité santé d’Orange Business Services a mis en place une infrastructure à clé publique (Public Key Infrastructure). Cette technologie assure la confidentialité, l’authentification, l’intégrité et la non-répudiation des informations échangées. Dans le domaine de la santé, nous la connaissons déjà avec les outils de messagerie homologués utilisant la CPS.

Pierre-Henri Manenq, Directeur du Pôle Business et Innovation d’Almerys explique : « Notre carte comporte en fait 4 jeux de bi-clés asymétriques de 1024 bits, deux pour l’authentification et deux pour la signature et ces bi-clés peuvent être utilisé soit aprés usage d’un code PIN (cas de l’utilisation à domicile), soit sans code PIN (cas d’usage sur le lecteur Sésam-vitale chez le médecin). C’est le scénario d’usage du service qui va déterminer le niveau de sécurité requis. Notre objectif est de répondre aux contraintes de sécurité et réglementaires qui se posent en France mais aussi à l’international. »
Ces certificats supportent la signature électronique et l’authentification du demandeur. « Le seul fait pour les patients de donner leur carte à leur médecin traitant constitue le consentement nécessaire. »
Les données médicales du patient sont anonymes et ne transitent jamais en clair sur le réseau au moment de leur transmission vers le serveur du datacentre Cleyris.

Pour le patient :

Gratuitement, les adhérents à la Mutuelle Générale reçoivent :
- une carte à puce sécurisée “Cleyris”
- un code PIN personnel
- et un lecteur de carte à puce USB CardMan Desktop 3121 (valeur 40 €). Cet engin est utilisable sous Windows 98, ME, 2000, XP, Vista et Linux.
L’ayant droit de plus de 16 ans possède sa propre carte à puce monpass.santé et son accès personnel à ses relevés de prestations.
Avant de connecter à son espace personnel sur le site sécurisé hébergé par Orange, il doit installer une application Java qu’il télécharge après une éventuelle mise à jour de la machine virtuelle (version minimale 1.5.0).
C’est simple à faire. J’ai d’ailleurs utilisé sous Vista un vieux lecteur monofente Xiring qui a été reconnu sans driver particulier.

Ensuite, après avoir tapé son code PIN, il peut suivre en ligne son calendrier vaccinal et celui de ses ayants-droit de moins de 16 ans. Ce carnet électronique de vaccination traduit l’application du BEH (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire) relative à la vaccination sur support numérique. Il est mis à jour régulièrement, selon les dernières recommandations en vigueur. Un comité scientifique [2]valide au plan médical les règles et recommandations en vigueur dans ce domaine.

Gadget, afin d’être averti des prochaines dates de rappels, l’adhérent définit lui-même le mode d’alerte par lequel il souhaite être joint (SMS ou mail).
Il peut aussi imprimer directement ses certificats de vaccination.
Le patient a accès aussi :
- à l’historique des connexions. Il sait que son médecin a modifié une donnée tel jour.
- il peut gérer la liste des médecins autorisés
- il peut ajouter ses vaccins lui même. Ces données peuvent ensuite être validées par le médecin.

Chez le médecin :

C’est simple. Il n’y a aucune application à installer.

Le visuel de la carte est muet sur la conduite à tenir pour les médecins. L’adresse www.mg.com.fr indiquée sur la carte est réservée aux affiliés de la Mutuelle Générale.
En pratique, le praticien doit se connecter au carnet en ligne, via son navigateur, par cette adresse https://www.carnetvaccination.com/accueil/ ou par ce lien lien direct.

Il introduit la carte “monpass. santé” du patient dans le lecteur bifente à la place de la carte Vitale.

La carte CPS doit être présente dans le lecteur et il doit saisir son code PIN.

Une fois la connexion établie entre le poste du médecin et le serveur d’Orange, la transaction s’effectue via un tunnel sécurisé SSL (Secure Socket Layer), qui consiste à établir un canal de communication codé entre le poste de travil et le serveur de stockage des données.

Selon une note technique, des éditeurs, tels que Axilog, auraient déjà interfacé ce service avec leur logiciel métier, évitant aux médecins la contraignante double saisie des données.
Cette option n’existe pas encore. Dans Axisanté 4, les données de vaccination ne pas structurées, ce qui rend improbable l’interfaçage entre ce logiciel et le carnet de vaccination en ligne. Par contre, bien que je ne l’ai pas vu non plus sous Axisanté 5 (logiciel de nouvelle génération), c’est plus facile à implanter car là les vaccins sont sélectionnés à partir de listes structurées.
- Selon Eddie Anoufa, Directeur Général d’AXILOG, « La fonction d’interfaçage entre le carnet de vaccination présent dans le logiciel métier et la plateforme Almerys sera bien implémentée dans AxiSanté 5 et AxiSanté 4.
Les premiers développements ont été faits sur AxiSanté 5, ils sont aujourd’hui terminés et nous sommes en phase d’intégration, mais AxiSanté 4 suivra. Le timing est désormais plus en terme de quelques semaines plutôt que quelques mois. »

Il existe deux modes d’accès du médecin au carnet de vaccination :
- en consultation avec la carte Cleyris du patient. C’est l’accès « temporaire ».
- si le patient a préalablement initialisé son carnet en ligne en vous désignant « médecin autorisé, on a un accès appelé « permanent », c’est à dire hors de la présence de sa carte Cleyris.

Chaque vaccination est identifiée par le nom du médecin, la date de vaccination, le vaccin utilisé et le numéro de lot. Un commentaire est possible.

A noter que le médecin a accès à une zone "information patient" avec son nom, son prénom, son adresse, son téléphone et son mail.

Commentaires

Monpass.santé, le e-carnet de santé - 26 janvier 2008, par DrJFBurté

Bjr JJ,

Il me semble que la Mutuelle Préviade avait déjà testé quelque chose dans le genre en 98-99 (bientôt 10 ans, déjà ?) et également sur le Carnet de Vaccination du patient, avec si ma mémoire n’est poMonpass.santé, le e-carnet de santé - 26 janvier 2008, par DrJFBurté

Bjr JJ,

Il me semble que la Mutuelle Préviade avait déjà testé quelque chose dans le genre en 98-99 (bientôt 10 ans, déjà ?) et également sur le Carnet de Vaccination du patient, avec si ma mémoire n’est point trop défaillante, fourniture d’une carte à puce au patient ( ? par l’intermédiare du Médecin ?) et offre au médecin d’un lecteur Twin 10 par ladite Mutuelle en échange du travail de saisie. C’était au bon vieux temps du lancement de la TFSE ...

(PS : ce n’est surtout pas de la pub pour Previade, qui n’en a d’ailleurs pas besoin car cette Mutuelle (qui a depuis fusionné avec ?) animait à l’époque un gros morceau de "communication" également sur FR3 Lorraine = les "Minutes Santé" chaque samedi à 19H )

@+int trop défaillante, fourniture d’une carte à puce au patient ( ? par l’ intermédiaire du Médecin ?) et offre au médecin d’un lecteur Twin 10 par ladite Mutuelle en échange du travail de saisie. C’était au bon vieux temps du lancement de la TFSE ...

(PS : ce n’est surtout pas de la pub pour Previade, qui n’en a d’ailleurs pas besoin car cette Mutuelle (qui a depuis fusionné avec ?) animait à l’époque un gros morceau de "communication" également sur FR3 Lorraine = les "Minutes Santé" chaque samedi à 19H )

@+

[1] La Mutuelle Générale est la deuxième mutuelle française avec 1,2 million de personnes protégées et 853 millions d’euros de cotisations encaissées au 31 décembre 2006.

[2] Membres du comité :
- Docteur Dominique Abiteboul, GERES (Groupe d’Etude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux) / Service de santé au travail de Hôpital Bichat à Paris XVIII
- Professeur Elisabeth Bouvet-Koskas, GERES/ Service des maladies infectieuses de l’Hôpital Bichat à Paris XVIII
- Professeur Joël Gaudelus, chef de service Pédiatrie Hôpital Jean Verdier à Bondy
- Docteur Benoît Jacquart, médecin généraliste, Nanterre, coordonnateur scientifique

publié le 2 février 2008 par Jean-Jacques Fraslin