Le PSSIS sur le divan

Le PSSIS, nom de code “P6”, c’est le Plan stratégique des systèmes d’information de santé. Après une concertation sur le modéle de celle qui a si bien réussi pour le DMP, il sera décliné en « plans d’action articulés et adaptables pour permettre une progression par étapes vers une cible, dans un calendrier donné, en mobilisant les moyens adaptés aux objectifs » avec un atterrissage prévu avant 2013 si possible.
Dans les douze travaux d’Hercule P6, on note la « remise à plat de l’architecture du poste de travail » et dès 2009 une très optimiste adaptation en médecine de ville et à l’hôpital...

Rappelons qu’en février 2006, Xavier Bertrand nouveau ministre de la santé, constate que les efforts en termes d’informatisation des systèmes de santé sont dispersés, non coordonnés et déconnectés des politiques de santé. De multiples structures souvent redondantes s’agitent avec une remarquable inefficacité.
Ce même constat fait 10 ans auparavant avait d’ailleurs conduit à la création de la Mission pour l’Informatisation des Systèmes de Santé (MISS) en 1997. Cette entité avait pour objet :« améliorer la qualité des soins, moderniser les pratiques médicales et simplifier les modalités de remboursement . » Malheureusement faute de moyens et de volonté politique, la MISS somnole doucement en particulier pendant l’ère Michel Villac.
Le ministre réveille l’endormie, place Jacques Sauret à sa tête, et la charge d’élaborer à court terme (fin 2006, début 2007) le « Plan Stratégique des Systèmes d’Information de Santé ».

En février 2007, Jacques Sauret cadrait ainsi ce plan :

« Le PSSIS sera l’élément d’orientation des budgets « hôpital 2012 » alloués aux SI
L’objectif est de permettre aux producteurs d’information de santé d’utiliser une interface unique pour échanger et alimenter l’ensemble des systèmes d’information en santé, voire du médico-social
La sécurité est un axe d’action majeur de la MISS. Le système CPS est un élément central de cette politique
Le décret confidentialité viendra structurer ces aspects »

André Loth est nommé chef de la Miss le 1er août 2007, après avoir commis un rapport commandité par Marie-Caroline Bonnet-Galzy patronne depuis 2000 du Secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales.

Comme tout est lent sur la planète des systèmes d’information de santé, la version 1.1 du PSSIS a été finalisée en décembre 2007.
Les documents, discussions et contributions sont répartis en six rubriques distinctes, qui correspondent aux six parties déclinées dans le projet.
Il y aura des échanges et débats dans le cadre de réunions (cinq ou six, entre février et juin) avec les représentants des acteurs concernés. Comme il y a 80 institutions différentes invitées,avec deux représentants par entité, cela donne plus de 150 personnesCe ne sont pas 100 personnes qui sont attendues, mas deux personnes par institution qui sont au nombre de 80 tout rond. Donc plus de 150 congressistes vont être réunis en conclave. Ce qui constitue une garantie qu’aucune décision ne pourra venir de ce machin.

(une centaine de personnes, les mêmes que pour le chantier du DMP) :
- Une première réunion de concertation se tiendra le 18 février 2008.
- Une deuxième le mardi 25 mars après-midi et une troisième le mercredi 23 avril.

Un forum en ligne permet des échanges complémentaires aux réunions et aux contributions. Le site collaboratif du PSSIS s’ouvre pour une durée de quelques mois. Pour avoir accès au site , les personnes et les institutions doivent préalablement obtenir un identifiant et un mot de passe auprès du webmestre.

Les maux endémiques des SIS

Mais ne nous faisons pas trop d’illusions, les plans et rapports sur les pathologies récurrentes des systèmes d’informations de santé se comptent par douzaines. Ainsi en novembre 2002, une “Evaluation du système d’information des professionnels de santé” avait été demandée à l’IGAS. Ce rapport se termine ainsi :

La mise en oeuvre des propositions formulées par la mission d’inspection générale permettrait de remédier aux principales limites actuelles du système d’information des professionnels de santé, en mettant l’amélioration de la qualité des soins au centre du dispositif à travers la mise en place progressive d’un dossier de santé partagé pour les patients le souhaitant.
L’Etat centrerait son action sur les missions de cohérence minimale des systèmes d’information, tout en incitant les divers professionnels de santé à se doter des outils nécessaires aux pratiques sanitaires du 21ème siècle. Il assumerait de manière plus directe ses fonctions de tuteur responsable des systèmes d’information en santé publique, de l’assurance maladie et des établissements publics de santé.
Un schéma concerté d’orientation des systèmes d’information du secteur de la santé, prenant en compte les préoccupations des professionnels, permettrait de fixer à la fois une démarche stratégique en fonction d’objectifs clairs et d’assurer les voies de la cohérence nécessaire des divers systèmes d’information et outils informatisés.

On peut craindre une fois encore que le PSSIS n’accouche que d’une souris.

publié le 15 février 2008 par Jean-Jacques Fraslin