“Les Echos” 29 avril 2008

Les éditeurs de logiciels très inquiets devant les incertitudes du plan « Hôpital 2012 »

La profession dénonce l’absence de gouvernance claire au sein de l’Etat. Après une année 2007 catastrophique, elle craint désormais une révision à la baisse des investissements publics, alors que les établissements de santé ont multiplié les appels d’offres. Le financement sera-t-il au rendez-vous ? On assiste à un engorgement de projets, et les industriels sont dans le brouillard...

EMMANUEL GRASLAND

L’importance des contrats en suspens plombe tout le secteur de l’informatique de santé.
Difficile d’imaginer une situation plus paradoxale pour le marché de la santé. Depuis quelques mois, éditeurs de logiciels et sociétés de services informatiques ont vu les appels d’offres se multiplier, mais pas les contrats. Après une année 2007 catastrophique, le marché ne décolle toujours pas. « C’est l’effet ketchup, soupire un prestataire. Les contrats vont tous sortir en même temps. » La raison ? Alléchés par les perspectives de financement du plan baptisé « Hôpital 2012 », les établissements de soins ont multiplié les projets informatiques. Mais avant d’aller plus loin, ils attendent de voir si l’Etat participera ou non à ces dépenses. Présenté en février 2007 par le ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand, le plan prévoit 1,5 milliard d’euros d’investissements dans les systèmes d’information, financés pour moitié par l’Etat. En théorie, environ 500 millions d’euros doivent être débloqués en 2008, et de l’ordre de 1 milliard l’année suivante. Mais malgré ces perspectives, les industriels sont inquiets.

Qui est décisionnaire ?

« On assiste actuellement à une sorte de crise de gouvernance du plan Hôpital 2012, car on ne sait pas exactement qui décide de quoi », explique Gérard Domas, directeur marketing chez l’éditeur belge Agfa Healthcare. Pour être validés par l’Etat, les projets doivent en effet être sélectionnés par les Agences régionales de l’hospitalisation (ARH), avant d’être transmis à une instance nationale chargée de donner le feu vert final. Reste à savoir laquelle. La Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS) ? La Mission nationale d’appui à l’investissement hospitalier (MAINH), ou bien plutôt la Mission informatisation du système de santé ? Les industriels sont dans le brouillard...
Autre question : l’argent sera-t-il réellement au rendez-vous ? « Le financement et la concrétisation du plan nous préoccupent beaucoup », explique Christophe Boutin, président de la filiale française de l’éditeur de logiciels de santé McKesson. D’autant que le plan Hôpital 2012 a suscité un engorgement de projets en tous genres. Entre 100 et 150 ont été déposés par région, soit plusieurs milliers à l’échelle nationale. Pragmatique, chaque hôpital a essayé de faire passer son dossier le plus vite possible avant que les exigences budgétaires ne durcissent les processus de sélection. « Le flot de projets est aujourd’hui supérieur aux prévisions et l’administration devient de plus en plus frileuse », explique-t-on chez l’éditeur américain de logiciels Cerner. Et le traitement des dossiers a pris du retard. La validation finale des projets n’est pas attendue avant l’été, alors que le calendrier initial tablait sur mars. « Il y aura un décalage d’au moins un an dans les investissements des établissements », soupire Jean-Marie Lucani, président du directoire de l’éditeur français Medasys.
Autre facteur d’inquiétude, l’Etat demande de plus en plus aux hôpitaux de mutualiser leurs projets informatiques. Inexistante lors du lancement du plan en février 2007, cette idée n’est pas du tout dans la culture des établissements. Elle risque fort de créer des querelles entre hôpitaux, tout en compliquant la tâche des éditeurs, qui s’estiment déjà sinistrés. « Aujourd’hui, tous les éditeurs de logiciels de santé perdent de l’argent en France », confirme l’un d’entre eux.
L’échec du dossier médical personnel (DMP) et l’annulation de l’appel d’offres de l’AP-HP avaient déjà terni la réputation du marché de la santé. Le plan Hôpital 2012 n’est pas près de changer la donne.

Un plan de modernisation

Dévoilé en février 2007 par l’ancien ministre de la Santé, Xavier Bertrand, « Hôpital 2012 » porte sur un montant global de 10 milliards d’euros d’investissements.Son ambition est d’améliorer les conditions de travail et d’accueildes familles, de permettre la miseaux normes des établissements, d’assurer la réorganisation des services d’urgence et d’informatiser les hôpitaux. Il devrait permettre de porter de 1,7 % à 3 % la partdes dépenses hospitalières dédiéeaux systèmes d’information.

publié le 2 mai 2008