Chronique télétransatlantique 30 novembre 1998
APRÈS 200 FSE, UN BILAN NÉGATIF :
L’unique intérêt de la télétransmission pour un professionnel de santé reste la gestion simplifiée des tiers payants. Hormis une activité générant un pourcentage élevé de ce type d’acte, il vaut mieux attendre des jours meilleurs.
D’autant plus, que rien sur les cartes Vitales ne permet d’automatiser le paiement électronique de l’aide médicale ou les tiers payants "Option référent".
Comme on ne sait pas coller des vignettes sur les FSE, les consultations obligatoires de grossesse ou nourrissons restent abonnées au papier. Pas d’espoir non plus pour les accidents de travail...
Même pour les signataires du contrat FORMMEL, que Mme le ministre Aubry aurait "jeté à la poubelle, si elle avait été médecin", la seule attitude cohérente est de placer la prime sur un compte rémunéré en attendant une éventuelle demande de remboursement.
MISES A JOUR DES CARTES :
La mise à jour des cartes est subordonnée à la bonne volonté du titulaire. Ainsi une patiente a demandé que son fils soit pris en charge par le père. Le fichier assuré CPAM a été judicieusement modifiée. Par contre, la carte Vitale n’a pas été actualisée et j’ai ainsi réalisé un acte en tiers payant avec comme assuré, la mère. Un membre du cabinet de guerre "SESAM-VITALE" de la CPAM m’a aimablement téléphoné pour me dire que je serais réglé, mais au nom du père et qu’il avait fait manuellement la manipulation. Tout va bien, car la CPAM de Nantes a seulement traité en 1 mois, 400 FSE, mais que se passera-t-il quand des bataillons entiers de FSE délictueuses assiégeront les services de contrôle des Caisses ?
BORNES :
J’ai lu que 100 bornes vertes de mises à jour étaient installés en France(*). C’est à peu près l’effectif des forçats de la télétransmission.
N’aurait-il pas été plus pertinent de les placer dans nos salles d’attente, où elles auraient aussi contribuer à distraire les enfants impatients ?
(*) 100 par jour
CARTES VITALES : SONDAGE EXPRESS SUR 60 ACTES
17 patients étaient munis d’une carte dotée d’informations exactes (sous réserve des oublis d’accents).
10 étaient ayant droits sur deux cartes
Une patiente divorcée depuis 12 ans avait encore son ex mari sur sa carte.
Une étudiante majeure était ayant droit sur la carte de sa mère et pour faire bonne mesure sur celle du père.
5 n’avaient pas reçu la carte verte dans un département où la distribution est officiellement terminée. Certains attendent depuis plus d’un mois la carte. Il parait qu’il faut grouper les demandes, sans doute afin de pouvoir négocier les tarifs...
Cartes oubliées : 14 dont 6 dans le portefeuille paternel et la mère amenant les enfants.
Utilisation non possible de la carte : 12 (pas de droits sur carte : 4 - surveillance nourrisson : 3 - grossesse : 2 - Accident de travail : 3)
Un patient a refusé de l’utiliser, préférant payer 2 Fr. 70 de timbre...
MAUVAISE FOI :
Un mien compagnon de la télétransmission en Loire Atlantique envoyait des lots de FSE en double, voire en triple. L’éditeur a fait analyser le fichier par un de ses experts qui a bien sûr innocenté l’application et conclu à un problème au niveau du CTI. Miraculeusement les choses se sont arrangées avec une nouvelle version du logiciel.
DES LOGICIELS AGRÉÉS MAIS SANS AGRÉMENT :
Le couple lecteur bifente - logiciel de télétransmission est inapte à la télétransmission de masse.
Les lecteurs et progiciels ont certes été agréés sur la base d’un cahier des charges inepte, mais ne passe pas l’agrément des utilisateurs.
LECTEUR FOSSILE :
Un banal disque dur transfère une dizaine de millions d’octets à la seconde. Exploit technologique, le lecteur demande plusieurs secondes pour lire quelques octets. Non content d’être poussif, il faut encore le barder de drivers pour le rendre utilisable. Quand j’achète une souris, je n’ai pas besoin de faire appel à une société de service, pour la paramétrer ou l’installer. Avec les lecteurs bi-fentes, c’est impératif.
Tout cela n’est pas gratuit, et le lecteur, dont le coût de fabrication est paraît-il de 200 Fr, se retrouve à 3 000 Fr sur le bureau du médecin...
Lent, cher, et bien que dérivé d’un lecteur de carte bancaire, il s’avère incapable de lire une carte bleu...
PROGICIELS PROTOTYPES :
45 à 50 secondes pour réaliser une FSE !!! Le cahier des charges a bon dos. Même avec de l’entraînement, c’est le temps minimum pour générer une FSE. Et encore, un acte simple. Pour du tiers payant, c’est plus long, et une fois, la FSE réalisée, il n’y a aucun moyen simple de vérifier qu’on ne s’est pas trompé. La lenteur est elle même génératrice d’erreurs, car on s’ennuie tellement pendant les phases de lecture des cartes, qu’on se hâte de cliquer dès qu’une fenêtre daigne apparaître...
Fonctionnellement, réaliser une FSE devrait demander moins de 5 secondes, on en est très loin !!!
Gestion à l’aveugle des FSE avant télétransmission, difficulté de consultation des ARL, procédure trop complexe de réémission, l’ergonomie est oubliée.
Plus fort, la coupure de la télétransmission après émission d’un lot n’est pas automatique. En effet à la fin de l’envoi du lot, il y a parfois réception de quelques ARL(s). Et là, l’application affiche un message "Vous avez reçu un fichier". Tant que vous n’avez pas cliqué sur "OK", la connexion n’est pas coupé !!!
Tout semble approximatif dans la télétransmission, même l’orthographe, ainsi à chaque exécution du kit Cégetel.rss, on peut lire pendant 10 secondes "Autentification du professionnel de santé" !!! Mon application de télétransmission est au diapason, qui affiche par exemple pendant 15 secondes "Lecture de la carte du professionel de santé"...
COÛT HORAIRE :
Faisons le calcul, pour 200 FSE, si on rajoute la lecture de la carte CPS, la minute de création des lots, celle de la télétransmission, on arrive à 3 ou 4 heures supplémentaires par mois. Tout cela, en prenant comme base réaliste un flux de 40 % des FSE.
Dans le rapport Bacquet on ose écrire : "Pour mémoire on notera que la télétransmission représente pour le médecin une perte de temps de quelques secondes ou dizaines de secondes par consultation. Plus significatifs sont les coûts de fonctionnement de la télétransmission seule (hors connexion à des services en ligne) qui sont évalués par Cegetel à moins de 1 000 F par an"
La CNAM a jugé bon de remplacer par des bacs + 8, la liquidation des feuilles papiers par ses propres opérateurs. Le coût horaire n’est pas le même. A combien, les professionnels de santé, estime-t-il l’heure de fonctionnement d’un cabinet médical ?
Or, on nous promet seulement 150 Fr/mois pour rémunérer ce travail subalterne.
On discute aujourd’hui de la réduction du travail. Que choisir ? 38 Fr. par heure supplémentaire ou rentrer chez soi, le soir une demi-heure plus tôt ?



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