10 000 DMP et moi, et moi....
Les moqueurs ont calculé qu’à ce rythme de caboteur pépère il faudrait 455 ans avant que chacun des 65 millions de français en soit doté. Mais l’ASIP beaucoup plus optimiste table sur 10 ans.
Le Portail du Dossier Médical Personnel est opérationnel depuis le 17 décembre 2010. Je suis alors arrivé à en créer quelques uns via l’IHM web, c’est à dire un navigateur internet difficilement configurable pour accepter de lire les cartes Vitale et CPS nécessaires à l’opération.
6 mois plus tard l’Agence des Systèmes d’Informations de Santé (ASIP) annonce que le cap des 10 000 DMP est franchi. Les moqueurs ont calculé qu’à ce rythme de caboteur pépère il faudrait 455 ans avant que chacun des 65 millions de français en soit doté. Mais l’ASIP beaucoup plus optimiste table sur 10 ans.
Pour l’heure ces 10 000 dossiers médicaux personnels ont été en majorité créés dans quatre régions pilotes (Alsace, Aquitaine, Franche-Comté et Picardie) par les établissements de santé. Depuis le 20 avril 2011 et dans une indifférence médiatique étonnante, les patients peuvent consulter leur propre DMP directement depuis une IHM web.
Selon l’ASIP Santé , « Les éditeurs de logiciels de professionnels de santé poursuivent leurs travaux vers la DMP compatibilité qui doit permettre à chaque professionnel de santé de consulter et alimenter aisément le DMP de leurs patients avec l’accord de ces derniers. Plus d’une dizaine de logiciels sont d’ores et déjà homologués et en cours d’installation auprès de leurs utilisateurs » . L’ASIP estime même qu’un millier de médecins devraient être équipés d’un logiciel métier DMP compatible d’ici la fin de l’été.
Effectivement les éditeurs ont implantés à la va-vite les modules qui permettent de créer, de gérer administrativement, d’ajouter et de consulter des documents médicaux dans le DMP souvent au format Word, PDF, ou JPG. Mais c’est du bricolage qui dégrade l’utilisabilité déjà très médiocre des logiciels métiers. Avec des outils si peu adaptés il est fort improbable que le DMP soit utilisé par les médecins sauf de manière homéopathique.
Le lourd héritage de Sesam-Vitale
Pour créer un DMP il faut la carte ) puce du médecin (CPS) et la carte Vitale du patient. Malheureusement le DMP utilise des composants communs avec la facturation Electronique Sesam-Vitale mais aussi avec les web-services mis en place depuis 3 ans par l’Assurance Maladie. la rétrocompatibilité avec des composants archaïques datant de Windows 95 génère de nombreux conflits.
Ainsi l’Espace Pro semble aujourd’hui utilisable avec Firefox et la dernière version de Chrome (12.0.742.53 beta-m). Mais il est fastidieux de devoir accepter deux fois le certificat d’identification à chaque nouvelle session ( PKCS#11-CPS ). Internet Explorer qui utilise une autre approche ( Cryptolib CP ) permet dans les options de supprimer l’affichage de la sélection du certificat à utiliser sur les sites utilisant la carte CPS. Hélas la dernière version IE9 téléchargée automatiquement par Windows Update, n’est pas totalement supportée. Le javascript n’est pas fonctionnel pour la gestion des e-protocoles.
L’assurance maladie pousse à la réalisation des FSE même en visite. De nouveaux appareils portables ont commercialisés. Hélas ils posent de nouveaux soucis en particulier avec les modes veille de Windows. Le bifente ne sort pas de son propre mode d’économie d’énergie en même temps que le système d’exploitation. Alors qu’il est connecté sur le port USB, le Protocole Santé Social (PSS) nécessaire pour les API Sesam-Vitale nécessite une émulation d’un port série. Au réveil il peut y avoir émulation d’un port COM différent de celui inscrit dans le fichier INI. On a alors des messagers d’erreurs variés comme celui-ci.
La solution reste souvent de relancer totalement l’ordinateur.
Pour compliquer encore les choses, un logiciel métier comme Axisanté 5, le plus important éditeur médical français avec CEGEDIM, a tenté d’intégrer le web service directement dans un onglet de son navigateur maison. Hélas suite à une mise à jour datant de quelques mois, il est devenu impossible d’afficher les documents PDF dans ce navigateur métier ou même dans Explorer si celui-ci est lancé après. Cette dégradation fonctionnelle a contraint les médecins à revenir à un lancement autonome du webservice dans un navigateur tiers. Ce bug empêcherait aussi de visualiser directement un document PDF du DMP dans le module métier.
Autre exemple des conflits induits par cette macédoine d’applications qui se battent en duel pour accéder aux ressources des lecteurs bifentes, cette même mise à jour a aussi dégradé l’utilisation des web-services de l’Assurance maladie en empêchant le lancement automatique du service SrvSvCnan nécessaire à la lecture des cartes Vitales ! Il a fallu réinstaller ce composant.
Ci contre voici la copie d’écran de l’implantation du composant DMP dans Axisanté 4, du même éditeur Axilog-Compugroup. C’est le premier logiciel déclaré bon pour le service par l’ASIP !
Ce logiciel a été lancé sur le marché il y a vingt ans, mais continue à être maintenu à coup de rustines. Il fonctionne sous Omnis 7. Cet outil de développement pour windows 32 bits est né en 1992 avec 3 versions v1, puis v2 et v3 . Il proposait un environnement de développement intégré et permet l’accès client/serveur à de nombreuses bases de données du marché, telles qu’Oracle, Sybase et Informix. En 2011 il ne sait toujours pas gérer, par exemple, le menu contextuel ouvert par le clic gauche de la souris ou travailler en fenêtre réduite sur un moniteur. Sous Vista ou Windows 7 il est nécessaire de désactiver la couche Aero.
Il est totalement illusoire d’imaginer que de tels bricolages arrivent à compenser les nombreuses contraintes d’usage du DMP.
En effet les logiciels métiers travaillent sur des bases de données locales. La connexion au DMP implique de traiter et d’afficher simultanément deux flux. Il faut les agréger, élimer les informations en doublons. Quant à la publication elle complique aussi la donne car cela sur le DMP est pratiquement définitive et doit avoir l’accord du patient. En outre le public d’une information publié en ligne est beaucoup plus vaste que celui d’une donnée qui reste locale. Il faut donc peser chaque élément avant de le mettre en ligne.
La seule solution raisonnable serait de totalement réécrire les logiciels métiers en partant d’une page blanche. Mais les éditeurs de logiciels médicaux n’en ont pas les moyens d’autant qu’il n’y a aucune demande de leurs clients déjà échaudés par le multiples retards du chantier du DMP. Ils doivent maintenir des parcs de logiciels dépassés en privilégiant la comptabilité avec les évolutions des cahiers des charge Sesam-Vitale.
On peut espérer que l’ASIP lance un appel d’offre pour un nouveau logiciel travaillant directement sur des données en ligne. Sans proposition alternative moderne le DMP n’a aucun avenir.
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J’adoooore la télétransmission !. Cet article démontre que rien n’est simple au pays de l’informatique de santé.



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