La prescription 2.0 viendra du web
Cela fait des années que nombre de médecins dénoncent le manque d’utilisabilité et d’ergonomie fonctionnelle des outils métiers de surveillance des prescriptions, ainsi que leur peu d’utilité pratique dans le cadre de l’aide assistée à la rédaction informatique des ordonnances.
L’internet a horreur du vide. On peut donc prédire l’avènement d’une sorte de “Wikividal” où l’information sur le médicament, ses interactions, ses effets secondaires et même ses indications, sera constituée progressivement et collectivement par les données mutualisées dans le cadre de réseaux sociaux indépendants de l’industrie pharmaceutique.
Il est probable qu’un jour des moteurs, basés sur des technologies du Web sémantique, se révèlent bien supérieurs à ceux simplement relationnels développés par les éditeurs de bases pharmacologiques (en France les sociétés Vidal et Claude Bernard).
Quand ce type de service sera opérationnel en France, il sera sans doute proposé d’abord par certains sites désireux de capter de nouveaux clients. Mais l’effet risque d’être dévastateur d’autant plus si ces nouveaux outils ne sont pas accessibles très rapidement aux professionnels de la santé, via les interfaces métiers. A défaut, la relation de confiance du patient construite sur la meilleure connaissance supposée du soignant prescripteur, risque de s’en trouver déséquilibrée . En effet si on ajoute un moteur de test d’interactions médicamenteuses et la possibilité pour le web-patient d’indiquer quelques critères comme l’âge, sa fonction rénale et quelques pathologies, il va se découvrir une ordonnance décorée d’autant d’alertes qu’une guirlande de Noël, les effets iatrogènes en sus...
Or pendant ce temps, que constatons nous avec nos outils professionnels ?
Ils évoluent à la vitesse d’un escargot au galop et apportent peu de fonctions véritablement innovantes. Pire, les médecins sont obligés de payer pour des évolutions minimes, modèle économique aujourd’hui de plus en plus anachronique d’autant qu’on peut trouver tout gratuitement sur le web. Ainsi les éditions du Vidal diffusent une gamme gratuite (VIDAL-Cdrom), une gamme professionnelle dite exaustive (Vidal Expert) mais sur abonnement. La valeur fonctionnelle ajoutée est minime. Disposer de toutes les présentations commerciales est contrebalancée par l’empilement de données supplémentaires et redondantes. Or l’expertise externe sur le médicament est déjà plus riche sur Internet et mieux s’autoconstruit rapidement. Ainsi actuellement, de part le mode collaboratif de génération de l’information, il y a déjà nettement plus "d’intelligence" dans la fiche sur un médicament trouvée sur Wikipédia que sur la monographie Vidal équivalente papier ou numérique ...
Cette dynamique de la donnée internet en modelage permanent, rend archaïque nos sources de données métiers, figées par des experts et interdites d’enrichissement par le dialogue. Par exemple cela fait des années que je m’étonne qu’on ne puisse, nous les prescripteurs, contribuer à améliorer l’information sur les médicaments quand nous sommes confrontés à un effet secondaire sauf par le mécanisme lourd, borné et chronophage de la pharmacovigilance. Il reste impossible d’interroger le module de prescription pour avoir la liste des effets indésirables potentiels d’une ordonnance avec les pourcentages d’imputabilité. Ce serait pourtant pratique quand le patient nous signale des symptômes atypiques et nous pose sur le bureau une impression tirée de "sa recherche sur Google".
Le hiatus augmente entre nos outils métiers et ce qu’apportent les nouvelles technologies de l’information pour l’internaute lambda. Les informations de vulgarisation mises en ligne sont souvent plus récentes, plus complètes, plus critiques que nos bases de données. Comme c’est déjà le cas avec la recherche bibliographique médicale où l’internet/Google détrône les supports métiers, nous allons subir de plein fouet cette révolution pour la prescription.
C’est évident, alors que les éditeurs de bases pharmacologiques somnolent, la Prescription 2.0 viendra du Web !



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