e-sécu : pourquoi cela ne marche pas !
Le fantasme du “zéro papier” pour la Sécu
Jean-Marc Aubert, directeur délégué à la gestion et à l’organisation des soins de la Cnamts (Le Généraliste du 28 mai 2010) est optimiste : « D’ici deux à trois ans, nous visons le “zéro papier” ». Il s’enthousiasme même : « Le médecin pourra ne plus avoir d’ échanges de papiers avec la Cnamts, et la Cnamts de son côté communiquera également de manière électronique pour récupérer par exemple les éléments sur les salaires, en vue de verser plus rapidement les indemnités journalières en cas de maladie ». Hélas entravant l’avènement de ce monde merveilleux de l’assurance maladie dématérialisée, certains résistent encore. Selon lui « il existe encore des médecins qui n’utilisent pas du tout internet pour les relations avec leurs patients et la Cnamts. Certains ne se servent pas du tout d’internet ou d’un ordinateur, et ne savent peut être pas s’en servir, mais d’autres refusent de l’utiliser pour l’exercice de leur métier. C’est ce public que nous visons avec le plan d’accompagnement du plan arbitral ».
Vu de l’autre coté, c’est à dire de l’ordinateur du médecin, l’objectif du “zéro papier” semble complètement utopique, totalement inatteignable. En outre les outils proposés par l’assurance maladie sont plutôt des repoussoirs à l’usage d’internet et continuent à brider le poste de travail des professionnels de santé. Il est symptomatique que fin mai 2010, seul Windows XP, un OS moribond, soit compatible. Autre archaïsme qui fleure bon le siècle dernier, les lecteurs bifentes doivent émuler un port série qui a disparu des ordinateurs depuis de nombreuses années.
Zéro pointé pour l’Arrêt de Travail Dématérialisé
Ce nouveau “télé-sévice” a été présenté comme un parangon de la modernité par Frédéric Van Roekeghem. Mais l’assurance maladie a réussi l’insigne exploit de décupler son temps de rédaction par rapport au triptyque papier ! Avec un tel handicap, l’objectif du zéro papier n’est pas pour demain.
L’usine à gaz de la e-sécu
Ci contre, dessiné sous LSD pour la Journée Nationale des Zindustriels du 9 avril 2010, voici le schéma de l’architecture “idéale” que l’assurance maladie veut imposer aux professionnels de santé.
Après 13 ans de dictature de l’archaïque “Protocole Santé Social” cette « vision partagée », entre uniquement l’assurance maladie et l’ASIP Santé, de « la stratégie et des enjeux des SI d’information de santé » aurait pour ambitieux projet de « simplifier les sous processus administratifs » du médecin et de « simplifier son poste de travail » !
Au milieu de ce délire technocratique dans lequel les professionnels de santé n’ont pas leur mot à dire, on trouve le portail appelé ’’Espace Pro’’ ou “Frontal virtualisé”. Cette interface web est un point d’entrée, pour l’heure non uniformisé et peu fiable, permettant d’accéder aux différents télé-services hétéroclites.
La kyrielle des bonbonnes de Butagaz alignées dans la bulle « Assurance Maladie » n’attend qu’une allumette pour exploser. Cela sera l’occasion pour une fois de faire des étincelles. En effet aujourd’hui seuls quelques rares webservices peu ergonomiques et chronophages sont déployés et le plus souvent uniquement pour le régime général.
Quant au DMP promis, juré, craché au 1er juillet 2007 par différents ministres de la santé, il fait tapisserie repoussé par les téléservices d’une Assurance Maladie qui veut encore augmenter son emprise sur le poste de travail du médecin.
Mauvaise disponibilité du portail ’’Espace Pro’’
La disponibilité du portail ’’Espace Pro’’est erratique. De fréquentes opérations de maintenance empêchent l’usage des téleservices. Il n’y a qu’exceptionnellement des informations ’’météo’’ adressées aux médecins indiquant qu’une perturbation est prévue ou annonçant un retour au beau fixe. A chaque connexion, c’est la roulette russe. On ne sait pas si on pourra ouvrir le service ou aller jusqu’à la fin de la procédure. Et encore nous sommes peu nombreux à nous en servir. Les serveurs de la sécu supporteraient-ils la charge de nombreuses connexions simultanées ?
L’utilisabilité des outils de la CNAMTS est médiocre.
Les délais d’attente des requêtes vers les serveurs de l’assurance maladie sont parfois rédhibitoires. On a souvent le sentiment d’être connecté par Minitel.
Une ergonomie déplorable :
Les fenêtres du navigateur s’empilent les unes sur les autres, sans gestion en ’’onglets’’. Un détail, mais pénible au quotidien : les polices de caractère sont très petites alors que la moyenne d’âge des médecins est de plus de 50 ans, âge où la presbytie rend pénible le déchiffrement de micro-caractères. [1]
Enfin une évolution prochaine devrait amélioré l’ergonomie. Selon la récente Lettre réseau, « la refonte des portails ‘Votre espace pro’ et du ‘Compte professionnels de santé’ donnera naissance
à un portail unique dénommé ‘Espace pro’. L’ouverture du nouveau portail est prévue fin d’année 2010. Ce nouveau portail ‘Espace pro’ reprendra l’intégralité des services actuels ».
Pas d’interaction entre les différents télé-services :
Chaque web-service travaille en solo et avec des œillères. Ainsi l’information “médecin traitant” n’est pas automatiquement récupérée avant génération d’un protocole de soins ou pour la prolongation d’un arrêt maladie. Or c’est le médecin traitant déclaré qui doit rédiger le e-protocole, sinon il est rejeté.
Avec la mise en place en juillet 2005 du “parcours de soins coordonnés”, il y a de nouvelles contraintes sur le prescripteur lors de la prolongation d’un arrêt maladie. En cas d’erreur de cochage de la bonne case, c’est le patient qui est sanctionné financièrement sur ses indemnités journalières. Pourtant alors que ses données sont présentes dans les bases de l’assurance maladie, la rédaction d’un arrêt maladie se fait à l’aveugle.
Ainsi il n’y a aucune requête faite sur l’historique afin d’automatiser le contexte de prescription et diminuer les contraintes sur le médecin :
Y a-t-il eu un arrêt antérieur récent ?
Le prescripteur est-il le médecin traitant ou celui qui a rédigé l’arrêt initial ?
Lors d’une nouvelle affection exonérante, il faut rédiger un nouveau protocole de soins en recommençant à zéro. Il est impossible d’actualiser le précédent. Même sanction si on a rédigé le protocole alors qu’on n’était pas encore enregistré comme médecin traitant.
A noter d’ailleurs que la déclaration d’un nouveau médecin traitant ne peut toujours pas se faire de manière électronique. Selon la lettre réseau de mai 2009, il semble que cela sera enfin possible avec la version version 5.8 du portail !
Quand l’usine à gaz doit cohabiter avec l’usine à Galls [2]
Double tâche et double saisie des mêmes informations :
Attention la nouvelle architecture en ligne de la sécu ne se substitue pas à l’antique Protocole Santé Social lancé en 1998 mais doit cohabiter avec lui !
La facturation des actes continue à se faire en local via un progiciel installé sur le poste de travail du praticien. Contrairement à ce que laisse entendre le schéma, “Vitale en ligne” reste un mirage à des années lumières.
La Feuille de Soins Electronique (FSE) nécessite une première lecture des cartes Vitale et CPS, le remplissage manuel de la situation dans le parcours de soins et une demande obligatoire pour indiquer si l’acte est en rapport avec un accident causé par un tiers. Les informations sont récupérées sur la carte Vitale. Rien ne garantit que les données soient exactes. Treize ans après le lancement du programme Sesam Vitale, l’adresse du bénéficiaire n’est pas inscrite sur la carte Vitale. Idem pour le médecin traitant pourtant rendu obligatoire par la Loi du 13 aout 2004.
Pour faire un arrêt maladie électronique il faudra relire les cartes et retaper une nouvelle fois certaines informations saisies quelques minutes auparavant.
A noter que les composants permettant de lire les cartes à puces par les progiciels de FSE sont différents de ceux utilisés pour les webservices, ce qui peut occasionner des conflits.
Et puis il ne faut pas oublier que la gestion des terminaux de lecture, les fameux bifentes, continue à se faire via un protocole propriétaire de l’assurance maladie, et comble de la modernité, oblige à émuler un port série. En effet ce bus a disparu des ordinateurs depuis de nombreuses années au profit de l’USB. Il reste impératif de désactiver les fonctions d’économie d’énergie sous peine de plantage lors du réveil de l’ordinateur qui perd le port COM émulé.
Deux générations d’OS de retard : des téléservices compatibles uniquement pour Windows XP 32 bits !
L’accès aux téléservices sécurisés nécessite l’installation préalable sur le poste des professionnels de sante d’un composant de lecture de la carte Vitale fourni par le GIE Sesam Vitale et d’un composant de lecture de la Carte de Professionnel de Santé (CPS) développé par le GIP CPS (intégré à l’ASIP santé).
La “LETTRE-RESEAU : LR/DDO/111/2010” datée du 20 mai 2010, signé par Olivier de Cadeville (Directeur Délégué aux Opérations) et Eric Onado (Pour le Directeur Délégué des Systèmes d’Information), confirme que l’assurance maladie a toujours deux trains de retard sur Windows. Seul XP 32 bits, qui n’est plus un perdreau de l’année, loin s’en faut, est compatible « et officiellement supportée par le GIE SeSam Vitale et par l’ASIP Santé.
Les versions suivantes ne sont pas compatibles :
Windows XP 64 bits
Vista 32 et 64 bits
Windows 7 en 32 et 64 bits
Pour Vista et Windows 7, le GIE Sesam vitale et l’ASIP travaillent à l’étude de solutions pour rendre compatibles au plus vite ces deux systèmes Windows ».
Selon les statistiques récentes des systèmes d’exploitation utilisés en France, la part de Windows XP n’est plus que de 44% et recule rapidement au profit de Seven. Rappelons que cet OS est commercialisé depuis octobre 2009 et atteint déjà plus de 16% du marché . Quant à Vista (en plateau aux environs de 30% du marché) il est diffusé depuis en novembre 2006 ! Les béta-versions pour les développeurs sont disponibles deux ans auparavant, ce qui permet aux éditeurs d’être prêts dès la sortie d’un nouveau système d’exploitation. Le GIE Sesam Vitale, bras (faiblement) armé de l’assurance maladie et l’ASIP Santé, la nouvelle technostructure qui est chargée de faire entrer les professionnels de santé dans le XXIéme siècle numérique, n’ont pas vu le temps passer.
En pratique, les composants fonctionnent sous Vista 32 bits mais sans certification du GIE Sesam Vitale et de l’ASIP Santé. Mais attention pour utiliser les télé-services “sécurisés” de l’assurance maladie le médecin est obligé de dégrader la sécurité de son poste de travail !
En effet il est impératif de désactiver le “Contrôle du compte utilisateur”. Cette fonctionnalité essentielle de Windows apparue avec Vista contribue à empêcher les modifications non autorisées sur l’ordinateur et limite considérablement l’installation de programmes malveillants et de logiciels espions.
Dans ces conditions l’ASIP Santé ne peut donc décemment “certifier” un composant carte à puce qui affaiblit à ce point la sécurisation du poste de travail du médecin d’autant que celui ci contient des données médicales hautement confidentielles !
Enfin ne désespérons pas selon la présentation faite le 9 avril 2010, la CNAM et l’ASIP auraient une « vision partagée de la stratégie et des enjeux des SI d’information de santé » !
A noter aussi que sous Windows XP 32 bits seuls les navigateurs Explorer et Firefox sont utilisables. Chrome, Opéra ou Safari ne sont pas compatibles ! En outre il peut y avoir incompatibilité du service après les mises à jour ou changement de version des navigateurs. L’assurance maladie est peu réactive et n’anticipe pas ces modifications.
Le fait que les outils de l’assurance maladie aient quatre ans de retard sur les systèmes exploitation, n’inquiète pas Jean-Marc Aubert qui prédit que « le souci actuel que l’on rencontre avec le système d’exploitation Windows 7 sera également réglé avant la fin de l’année ».
Il y a une certaine urgence. Quand on voit la courbe plongeante du seul système d’exploitation aujourd’hui supporté, on peut estimer que fin 2010 avec le renouvellement du parc, il y aura moins d’un ordinateur sur trois compatible avec les web-services de la sécurité sociale.
Dans ces conditions il est à craindre que l’objectif officiel de la CNAM-TS « D’ici deux à trois ans, nous visons le “zéro papier” » soit exagérément optimiste ! D’autant que le cauchemar n’est pas terminé pour le directeur délégué à la gestion et à l’organisation des soins de la Cnamts. En effet Windows 8 devrait sortir durant le dernier trimestre 2011.
Quant aux médecins sous Mac OS X, (7.77% du marché des OS en France) la généralisation de accès aux téléservices sécurisés n’en est encore qu’à ses balbutiements. Cependant le kit serait maintenant compatible « Mac OS-X à partir des versions TIGER (10.4.x), LEOPARD (10.5.x) et SNOW LEOPARD (10.6.x) ». Par contre seul le navigateur Firefox 3.0 est supporté. Safari n’est pas compatible. L’installation sur un ordinateur Mac demande encore un luxe de précautions et semble encore expérimentale comme en témoigne la Lettre-Réseau LR/DDO/111/2010 [3].
Bien entendu Linux n’est pas supporté.
Les télé-services ne sont pas universels !
Trous dans la couche bizone :
Cité dans l’article du Généraliste, Jean-Marc Aubert directeur délégué à la gestion et à l’organisation des soins de la Cnamts, déclarait pourtant que « la télétransmission des protocoles ALD est déjà opérationnelle pour tous les médecins ». Le généralissime de la e-sécu affirme que « le déploiement de la télétransmission des arrêts maladie est en cours sur tout le territoire. Nous testons le dispositif dans chaque centre informatique avant d’ouvrir l’accès aux médecins. L’envoi des arrêts maladie de manière électronique sera possible pour tous les médecins avant la fin de l’année 2010 ».
La Loi du 13 aout 2004 a instauré le principe du médecin traitant. Depuis le 1er juillet 2005 tout assuré s’expose à des pénalités financières s’il s’éloigne même légèrement du parcours de soins coordonnés. Ainsi aujourd’hui il y a une amende de 8 euros 80 sur une consultation de 22 euros.
Au principe de l’égalité républicaine, tout assuré devrait être concerné. Et bien non depuis 2005, les bénéficiaires de la Mutuelle Générale restent immunisés. Ils ne subissent aucune pénalité car les systèmes d’informations de ce régime sont trop archaïques pour gérer ce fameux parcours de soins !
Bien entendu, le protocole de soins électronique reste indisponible ainsi que l’arrêt maladie dématérialisé.
La dématérialisation n’existe pas pour le RSI, la MSA, la Mutuelle Générale et les “petits” régimes.
Ce manque d’universalité discrédite les téléservices. Après lecture de la carte Vitale du patient, c’est la surprise, le médecin ne sait pas quels télé-services seront vraiment supportés par son régime. Même le plus ancien, “l’historique des remboursement”, créé comme le DMP par la loi du 13 aout 2004, n’est finalement déployé partiellement que depuis août 2007 et encore pas pour l’ensemble des caisses ! .
Ces trous dans la couverture numérique sont un détail pour Jean-Marc Aubert qui indique : « Nous sommes en train de mutualiser ces outils avec les autres régimes, nous pensons que ce sera prêt courant 2011. Cependant, pour les médecins, cela reste l’exception. 83 % des patients qui sont en ALD relèvent du régime général ou des régimes gérés en info-gérance par la Cnamts (et un médecin remplit en moyenne 20 dossiers d’ALD par an). Et pour les arrêts maladie, 95 % relèvent du régime général du fait du faible taux d’arrêts de travail des indépendants ».
Zéro pointé pour l’Arrêt de Travail Dématérialisé !
Côté médecin, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Il faut quelques secondes pour remplir un formulaire papier, qu’on confit ensuite au patient, à charge pour lui de le compléter et de l’adresser à sa caisse et à son employeur.
La longue génération de l’arrêt en ligne commence par l’étape de recueil de l’accord exprès de l’assuré. Il faut donc lui expliquer l’objet de la télé-procédure, puis matérialiser son ’’acceptation’’ en cochant pour lui une case. Ensuite l’absence d’interactivité entre les logiciels métiers, le système Sesam Vitale et le téléservice de télétransmission des arrêts maladie, impose la double saisie des mêmes informations dans la Feuille de Soins Électronique (FSE), puis ensuite dans l’arrêt maladie électronique.
Alors qu’il existe depuis le 1er juillet 2005 et afin de ne pas pénaliser financièrement le patient, le médecin perd déjà du temps à signaler le ’’parcours de soins cordonnés’’ dans la FSE, qui n’est toujours pas géré automatiquement par la carte Vitale. En cas de prolongation on lui impose à nouveau ce pensum pour l’arrêt électronique.
Et puis par rapport au triptyque papier, il y a un évident transfert de charges administratives sur le médecin qui doit compléter obligatoirement de nombreuses rubriques remplies auparavant par l’assuré qu’il faut interroger. Ainsi c’est désormais au médecin de renseigner :
l’adresse de visite du patient,
éventuellement le nom et l’adresse de l’employeur
et même expliquer la raison pour laquelle le patient est sans emploi.
Idem pour indiquer que l’arrêt doit être imputé ou non à un tiers.
C’est à l’assurance maladie de recueillir ces informations, d’ailleurs les caisses en disposent déjà le plus souvent.
A la fin de ce pensum de plusieurs minutes, le médecin doit relire attentivement le résumé écrit en petits caractères sur fond gris, avant de cliquer sur envoi. Sa responsabilité est à nouveau engagée. En effet il n’existe aucune possibilité de correction ultérieure.
Alors que les médecins se plaignent déjà de la pesanteur de la bureaucratie, cette tâche chronophage de ’’petite main’’ ampute le temps de soin déjà contraint d’une consultation !
Et puis ce n’est pas la fin du papier. Après adressage du e-formulaire à la caisse et réception de l’accusé de réception, le médecin a enfin le droit d’imprimer à ses frais recto et verso, puis signer et tamponner le troisième volet ’’employeur’’ qu’il donne au patient. A noter qu’avec un scanner et une imprimante l’assuré indélicat pourrait réaliser lui même ce 3éme volet ! Alors qu’il existe pour l’assuré un ’’compte ’’ameli’, il ne peut y trouver une copie électronique de son propre arrêt maladie..
Jean-Marc Aubert reconnait que c’est laborieux mais pour lui c’est tout bénéfice pour le patient : « C’est vrai que c’est un peu plus long pour le médecin, mais cela permet au patient de gagner 2 à 6 jours, le temps de l’envoi des documents ». Il poursuit, « lorsque les éléments de salaire pourront être transmis électroniquement par l’entreprise, cela pourra réduire grandement le délai de versement des indemnités journalières au patient. Le délai peut aller de un à trois mois, du fait du retard de transmission des éléments de salaire. Une fois que la Cnamts a tous les éléments, cela prend seulement quelques jours ».
L’impression des documents est coûteux en papier et en encre pour le médecin. Jean-Marc Aubert estime : « Nous pouvons en effet réfléchir, notamment pour les arrêts maladie à diminuer les zones de grisé du formulaire Cerfa avant de réduire le coût d’impression pour le médecin ».
Pour les caisses, cette dématérialisation des arrêts maladie permet un gain de gestion, donc de personnel, mais aussi de lancer immédiatement des contrôles sur les arrêts courts. Le circuit de traitement du formulaire papier est très long. Les Caisses sont techniquement incapables de faire des contrôles sur les arrêts de moins de 7 jours ouvrés. Au contraire l’e-arrêt arrive dans le système d’information du régime concerné avant même que le patient ait quitté le bureau du médecin. Il n’est pas certain que le patient apprécie ce retour de bâton électronique.
Quant à la question de la saisie d’informations redondantes Jean-Marc Aubert promet : « Nous sommes en train de travailler avec les éditeurs de logiciels professionnels afin que les fonctionnalités de télétransmission soient intégrées au logiciel utilisé par le médecin. Dans ce cas, il n’y aura pas de double saisie. La saisie dans le formulaire complètera en même temps le dossier médical tenu par le médecin et les formulaires à remplir. C’est le logiciel métier qui enverra à la demande du médecin les informations utiles au remplissage des formulaires. Il n’y aura plus qu’un seul outil informatique ».
Certes mais dans combien d’années ? Le télé-service “Protocole de Soins Électronique” ou PSE, rebaptisé “e-protocole” par les médecins utilisateurs, a commencé à être testé en juillet 2008 dans le cadre du Programme “Dématérialisation” de simplifications administratives de l’assurance maladie. Deux ans plus tard on attend toujours son interfaçage dans les logiciels métiers !
D’ailleurs du coté des éditeurs, comme l’indique la lettre réseau de mai 2010, ce n’est pas l’enthousiasme. Depuis une décade, adapter en permanence les progiciels de facturation des FSE en fonction des changements du cahier des charges a épuisé leur bonne volonté : « bien que sollicités à deux reprises par le CNDA, les éditeurs (MAC OS) n’ont pas suivi la démarche pour obtenir le certificat de compatibilité qui demeure cependant facultatif pour les téléservices » !
Une carotte financière maigrichonne
Même le Docteur Gérald Galliot, médecin généraliste à Saint-Piat (Eure-et-Loir) et membre de la commission technique paritaire de simplification administrative de la Cnamts, le reconnait : « le coût de l’informatisation (achat et amortissement du matériel, maintenance, abonnement internet, renouvellement de logiciels, encre...) est de 2 000 euros par an, on est loin du compte avec les primes de maximum 750 euros proposées par la Cnamts ».
En outre il y a un gros bug dans l’article 10 du règlement arbitral. La prime forfaitaire et le taux de 75 % sont identiques pour les généralistes et les spécialistes. Pourtant les protocoles de soins sont rédigés obligatoirement par le médecin traitant, un généraliste en très grande majorité. Quant aux arrêts maladie 10 millions sont réalisés par les 70 000 généralistes contre 2 millions seulement par les 52 000 spécialistes et les hôpitaux ! Dans le contexte actuel de revendication du CS, il est illusoire d’imaginer que pour une enveloppe globale de 250 euros par an, et encore sous condition d’atteindre le taux minimum, c’est à dire le même que pour les FSE qui existent elles depuis 12 ans, les généralistes vont succomber aux faibles charmes de passer à la paperasserie électronique. Il aurait fallu indemniser chaque protocole dématérialisé comme pour la FSE.
Frein syndical
Dans un communiqué du 26 mai l’UNOF-CSMF « encourage les médecins généralistes à [...] ne pas télétransmettre les arrêts de travail et les plans de soins électroniques, derniers avatars technocratiques chronophages. »
Par un communiqué de presse, le syndicat MG France déconseille aussi aux médecins généralistes d’utiliser les formulaires en ligne de l’Assurance Maladie :
| L’Assurance Maladie fait en ce moment une campagne de promotion pour l’usage des formulaires en ligne, en mettant en avant notamment la modernité et la simplicité de ces systèmes.
MG France, après avoir testé soigneusement l’outil « Arrêt de travail en ligne », ne fait pas la même analyse !
Ajoutons trois risques majeurs de ce type de procédure : Au total, l’informatique médicale vue par les Caisses, c’est « venez sur nos ordinateurs faire la saisie des éléments dont nous avons besoin ». Inacceptable évidemment ! En conséquence MG France déconseille aux médecins généralistes d’utiliser les formulaires en ligne de l’Assurance Maladie. |
Dans une lettre adressée à sa CPAM, le docteur Christian MAURER résume avec humour la position des généralistes :
| Je viens de recevoir un courrier de votre Service Informatique, pour m’informer de la mise en place des Arrêts de Travail Dématérialisés.
Je tiens ici à saluer l’avancée technologique majeure que cette évolution représente. Je lui trouve des avantages indéniables :
Cependant, il existe quelques éléments négatifs, et vous voudrez bien noter les points suivants : Le formulaire on-line, « new look », où vous me demandez expressément de renseigner l’adresse de visite de l’assuré, son activité professionnelle, ainsi que les diverses rubriques habituelles, me prend 4 à 5 minutes de temps de travail. Durée minimale de 2 minutes + consommation d’encre et de papier. Je profite du présent courrier pour vous rappeler que la cotation CS accordée en 2007 est repoussée au début 2011, et que cette proposition s’inscrit dans le cadre général du plus profond mépris affiché envers la Médecine Générale, « pivot du système de soins » !!! Je suppose donc que vous avez prévu une compensation financière à type de forfait pour cette nouvelle demande. Elle pourrait être équivalente au salaire mensuel d’un opérateur de saisie, avec RTT et congés payés, bien sûr. Je vous remercie de bien vouloir me faire part de vos propositions. Il va de soi qu’en l’absence de réponse satisfaisante de votre part, je ne pourrai accéder à votre demande. Je voudrais aussi que vous compreniez que le Médecin Traitant est épuisé, démotivé et écoeuré du manque de considération dont il est l’objet.1€ n’y changera, d’ailleurs rien. Notre « collaboration », Télétransmission, CAPI, entretiens avec les DAM, etc devient un marché de dupes. Etonnez-vous que les jeunes ne veuillent plus exercer la Médecine Générale, qui, dans d’autres circonstances, pourrait être le « plus beau métier du monde ». Sur ces considérations, un tant soit peu pessimistes, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments déçus et attristés. |
[1] Quand on est presbyte il est fatigant de pencher la tête en arrière pour déchiffrer le texte en haut de l’écran. Si on ’’zoome’’ l’affichage des textes n’est pas recalculé.
[2] Le fameux Gestionnaire d’Accès aux Lecteurs Santé Social (GALSS), fruit du génie cnamo-géhiesque, permet aux applications utilisatrices des lecteurs SESAM-Vitale de gérer les accès aux cartes à puce.
[3] « La lettre réseau LR-DDO-109/2009 relative au portail ‘Votre espace pro’ présentait le dispositif des CPAM pilotes MAC, mis en place pendant les congés d’été 2009, pour procéder à la première installation de l’OS MAC chez un professionnel de santé.
Pour rappel, ce dispositif avait pour objectif :
De faciliter la première installation lors de la mise en oeuvre de cet OS par un Correspondant Informatique Services (CIS) en lui permettant d’être accompagné par un téléconseiller de la PFS (plateforme de services) de Moulins.
D’affiner la documentation existante en tenant compte des remarques des caisses pilotes ainsi que de parfaire les diagnostics en cas de problèmes rencontrés, et si nécessaire intervenir auprès de certains éditeurs pour y remédier.
De mettre en place, sur un serveur dédié accessible depuis internet, un module de formation ponctué d’exercices en vue d’une appropriation par un néophyte de l’ergonomie de l’interface d’un PC équipé de l’OS MAC (première approche).
D’obtenir l’assurance de la maîtrise et de l’expertise technique nécessaires à la diffusion du portail dans un environnement OS MAC, tant pour le niveau 1 (PFS de Moulins), que le niveau 2, périmètre d’intervention du GIE Sesam Vitale (le GIE étant seul habilité pour intervenir auprès des éditeurs).
Les tests effectués par le CNDA avec le concours d’éditeurs de logiciels MAC confortent nos savoirs faire et nous pouvons désormais entamer la phase de généralisation. Cependant, bien que sollicités à deux reprises par le CNDA, les éditeurs n’ont pas suivi la démarche pour obtenir le certificat de compatibilité qui demeure cependant facultatif pour les Téléservices. Ces éditeurs seront avisés par le CNDA de la décision de la CNAMTS de généraliser le déploiement d’Espace Pro sur MAC.
Aussi, nous vous demandons pour la première installation d’un poste MAC par un conseiller informatique de la caisse de suivre les pré-requis ci-après :
Contacter votre premier professionnel de santé équipé de MAC pour vous faire préciser les caractéristiques du matériel informatique utilisé.
Contacter la Hotline de Moulins (au 0811 709 710, du lundi au vendredi de 8h00 à 18h00), qui pourra ainsi vous préciser si ledit équipement est compatible avec l’installation des composants de Votre espace pro.
Prendre rendez-vous avec le professionnel de santé, dans la plage horaire d’ouverture de la hotline qui pourra ainsi être jointe si besoin.
Pour les CGSS (Caisse Générale de Sécurité Sociale des départements d’outre-mer), vous conviendrez d’une heure avec la Hotline en fonction des décalages horaires, la Hotline s’engageant à déborder ponctuellement de ses horaires d’ouverture pour vous permettre de procéder à l’installation de votre premier poste en MAC. »
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7 commentaire(s)SiJamaisJerepasseIciJeMettraisUnvraiNom a écrit :
"y a surement pleins de vérités dans la critiques mais des faux problèmes également : "A chaque connexion, c’est la roulette russe. On ne sait pas si on pourra ouvrir le service ou aller jusqu’à la fin de la procédure. Et encore nous sommes peu nombreux à nous en servir." >>Les serveurs de la sécu supporteraient-ils la charge de nombreuses connexions simultanées ? je veux bien admettre (mais on parle bcp d’amnistratif) que dans certains cas l’accés à une info médical soit "vital.." mais bon la bourse, les banques, facebook, google,amazon (je fais pas de pub puisqu’ils n’en ont plus besoin) etc etc.. se demerdent bien pour avoir des serveurs qui tiennent la charge, redondant, en nuages etc.."
Certes les téléprocédures fonctionnent comme par exemple pour les impôts. Mais là c’est la Sécu avec des systèmes d’informations antédiluviens.
Une ergonomie déplorable : là j’avoue : mal pensé = pertes de temps et frustrations garantie
"Les fenêtres du navigateur s’empilent les unes sur les autres, sans gestion en ’’onglets’’. Un détail, mais pénible au quotidien " : les polices de caractère sont très petites alors que la moyenne d’âge des médecins est de plus de 50 ans, âge où la presbitie rend pénible le déchiffrement de micro-caractères. [1] ben ça se change "vite fait" ça.. et faut pas déconner y a tjrs une option.. si c’est sur le web, avec votre beau navigateur open source, firefox vous faites ctrl et la touche + et hop ça augmente bien la taille des lettres..
Oui on peut utiliser le "Ctrl"+ Molette mais comme la taille de la fenêtre du navigateur est fixe et qu’il n’y a pas de justification du texte, lors de l’agrandissement de la police, on ne voit plus la fin des lignes...
sinon comme le commentaire précédant.. Si c’est sur un poste de travail, une distribution linux spécialisée médicale avec tout qui va bien et des gros boutons (pas sur le nez, pour l’interface..) ??
Nous sommes liés à l’utilisation d’API spécialisées qui n’existent que sous Windows et MacOS.
y a surement pleins de vérités dans la critiques mais des faux problèmes également : "A chaque connexion, c’est la roulette russe. On ne sait pas si on pourra ouvrir le service ou aller jusqu’à la fin de la procédure. Et encore nous sommes peu nombreux à nous en servir." >>Les serveurs de la sécu supporteraient-ils la charge de nombreuses connexions simultanées ? je veux bien admettre (mais on parle bcp d’amnistratif) que dans certains cas l’accés à une info médical soit "vital.." mais bon la bourse, les banques, facebook, google,amazon (je fais pas de pub puisqu’ils n’en ont plus besoin) etc etc.. se demerdent bien pour avoir des serveurs qui tiennent la charge, redondant, en nuages etc..
Une ergonomie déplorable : là j’avoue : mal pensé = pertes de temps et frustrations garantie
"Les fenêtres du navigateur s’empilent les unes sur les autres, sans gestion en ’’onglets’’. Un détail, mais pénible au quotidien " : les polices de caractère sont très petites alors que la moyenne d’âge des médecins est de plus de 50 ans, âge où la presbitie rend pénible le déchiffrement de micro-caractères. [1] ben ça se change "vite fait" ça.. et faut pas déconner y a tjrs une option.. si c’est sur le web, avec votre beau navigateur open source, firefox vous faites ctrl et la touche + et hop ça augmente bien la taille des lettres..
sinon comme le commentaire précédant.. Si c’est sur un poste de travail, une distribution linux spécialisée médicale avec tout qui va bien et des gros boutons (pas sur le nez, pour l’interface..) ??
Sinon n’étant ni médecin, forcément patient à l’occasion. Je vous souhaites bien du courage. Parce que ça doit pas être tous les jours rose quelle que soit votre pratique.. médicale et informatique
Puisque vous vous identifiez sous le terme générique de "LePatient" (français ?), on peut en déduire que vous n’êtes pas médecin et que donc vous n’avez aucun accès à ces webservices proposés par l’assurance maladie. Je ne vois donc pas sur quels arguments factuels vous pouvez estimer qu’il s’agit d’une "interpretation douteuse sur certain pointsss". Quand au "encore" qui précède vos supputations, cela laisse supposer que je serais un récidiviste. Vous pourriez peut-être nous faire l’honneur de préciser à quoi vous faites allusion.
Vous écrivez "pour visualiser son compte bancaire sur internet aucun probleme d’utilisation d’internet ou problemes de Vue.....". Et alors ? Où est la démonstration ? Le fait qu’une application en ligne soit bien faite, ergonomique et efficace ne présage pas de l’utilisabilité de l’ensemble des webservices.
On a droit aussi au "il faudrait aussi redefinir ce que vous appelez la relation medecin patient ???" Cette relation est (ou devrait être) centrée sur le soin et n’a nul besoin, surtout dans le contexte actuel de pénurie de l’offre de santé, d’être "redéfinie", c’est à dire alourdie de tâches purement bureaucratiques.
Cordialement
réalité ou fiction ? encore une interpretation douteuse sur certain pointsss. pour visualiser son compte bancaire sur internet aucun probleme d’utilisation d’internet ou problemes de Vue.....
il faudrait aussi redefinir ce que vous appelez la relation medecin patient ???
A si on nous payait nous aussi pour saisir notre declaration en ligne, ou pour utiliser le compte Ameli etc....
Pendant ce temps le patient lui paye pour des economie que redonnent à qui vous savez...pauvre Secu



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